Coronavirus à Strasbourg

08 mai 2020 08:44; Act: 08.05.2020 12:26 Print

Les soignants éprouvés par le Covid sont écoutés

STRASBOURG - À l'hôpital de Strasbourg, les soignants éprouvés par le coronavirus peuvent être suivis par un psychologue ou un psychiatre, ou faire des activités relaxantes.

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Un cours de yoga, un atelier sur le sommeil ou une coupe de cheveux mais surtout, l'oreille d'un psychologue ou d'un psychiatre pour ceux qui en expriment le besoin: à l'hôpital de Strasbourg, les soignants éprouvés par le coronavirus ne sont pas livrés à eux-mêmes. «Parfois, la demande est assez explicite: "Je ne vais pas bien, j'ai envie de parler". Mais parfois c'est plus implicite, d'abord une demande sur le virus puis on se rend compte qu'ils sont en état de souffrance psychique».

Depuis le mois de mars, Antoine Muller travaille comme infirmier régulateur de la ligne téléphonique ligne «Covipsy HUS» (Hôpitaux universitaires de Strasbourg), ouverte pour mettre en relations les membres du personnel avec un psychologue ou un psychiatre. En cumulant cette ligne et une autre dédiée aux professionnels du secteur médicosocial du Bas-Rhin, l'infirmier recense une dizaine d'appels par jour. Si ceux de soignants restent peu nombreux, c'est «peut-être qu'ils ne s'autorisent pas encore à parler, à craquer, à demander de l'aide», alors que la charge de travail reste importante, analyse-t-il. Ceux qui composent ce numéro évoquent souvent un épuisement physique et psychologique, un sentiment d'inachèvement dans leur travail et de la culpabilité à «craquer».

Yoga, kiné, acupuncture

Dans le dédale des HUS, un mastodonte qui emploie quelque 12 000 personnes, des équipes mobiles vont à la rencontre des soignants des différents services pour faire connaître cette ligne, mais aussi un autre volet du dispositif Covipsy, trois salles ouvertes temporairement pour leur apporter détente et écoute. Ces équipes mobiles avaient été créées dans un autre contexte dramatique, celui de l'attentat du marché de Noël, en décembre 2018. À Strasbourg, «on a eu quelques jours de plus qu'à Mulhouse (NDLR: une ville frappée très tôt par le coronavirus) pour s'organiser et on a lu des articles italiens ou chinois, on a vu ce qui était utile et on a mis en place ces salles de détente», explique le Dr Pierre Vidailhet, psychiatre et coordinateur de Covipsy.

Dans l'une de ces salles, volontairement «pas trop connotées psy», Gwendoline, étudiante en deuxième année de médecine, accueille des infirmières tout de vert vêtues en lançant avec un large sourire «aujourd'hui il y a des brownies, c'est Byzance!». Un transat bleu, une plante verte, de la musique douce, des boissons et des petits gâteaux, des dessins d'enfants remerciant les soignants punaisés aux murs et surtout une vue imprenable sur la cathédrale et le ciel, précieuse en ces temps de confinement, forment un décor invitant au relâchement de la pression professionnelle.

Raconter son quotidien

Si certains passent juste y boire un verre entre collègues, d'autres soignants participent à des cours de yoga, de Qi Gong ou de «pleine conscience», ou s'inscrivent à des séances individuelles de kiné ou d'acupuncture. De grands barnums dressés dans la pièce permettent d'isoler des espaces pour ces séances mais également pour des entretiens avec des psychologues. «Parfois, des personnes ont juste besoin de raconter leur quotidien, elles ne le font pas chez elles pour ne pas faire peur à leurs enfants. Cela peut être une première étape et après, on passe le relais à un psy», témoigne Gwendoline.

Après des semaines de stress et de travail intenses, les ateliers sur le sommeil sont plébiscités. «Dans le vif du sujet, c'était difficile de se rendre compte de ce que ça nous faisait, mais maintenant on réalise qu'on a du mal à dormir ou à se recentrer sur soi-même», confie Pauline, infirmière au bloc opératoire, partie en renfort en réanimation au plus fort de la crise. «D'habitude je dors comme un caillou, là j'ai le sommeil beaucoup plus léger», abonde sa collègue Estelle, revenue dans son service, depuis deux semaines.

Pour le Dr Vidailhet, les symptômes que présentent certains soignants ne correspondent pas au modèle du stress post-traumatique mais traduisent plutôt une période de tension permanente, encore en cours, qui entraîne non seulement des «flash back» mais aussi des «flash forward», des inquiétudes pour l'avenir, d'où l'intérêt de les aider à s'ancrer à nouveau dans le présent. «Certains vont peut-être développer de véritables symptômes post-traumatiques, mais pas beaucoup», estime le médecin. Si ces salles, conçues comme un dispositif de crise, ont vocation à disparaître au cours des prochaines semaines, le suivi des soignants pourra se poursuivre dans les cabinets des psychologues ou psychiatres.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Dede le 08.05.2020 19:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ils ont droit a tous les égards et surtout à toute notre reconnaissance en Merci ???? ont ne le dira jamais assez saluons leur courage et leur dévouement

  • Luther le 08.05.2020 12:24 Report dénoncer ce commentaire

    Cette crise a montré que la mojorité des soignants n'étaient pas luxembourgeois. C'est une occasion à saisir pour une prise de conscience et admettre les langues françaises et allemandes comme des langues "nationales", c'est à dire parlées par une bonne partie de la population et dont la connaissance suffit, comprendre "defrait suffire", pour obtenir la nationalité du pays.

  • bonsens le 08.05.2020 11:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Heureusement que c’est pas encore la guerre (que tout le monde voudrait apparemment en lisant tous les messages haineux) car je me demande vraiment comment ces gens vont gérer des situations bien pires que de voir quelques centaines de personnes âgées mourir d’un virus...en tout quelques milliers. Souvenez-vous des chiffres en millions des grandes guerres avant d’insulter des gens que vous ne connaissez pas et qui vivent loin de chez vous. Merci

Les derniers commentaires

  • Dede le 08.05.2020 19:17 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ils ont droit a tous les égards et surtout à toute notre reconnaissance en Merci ???? ont ne le dira jamais assez saluons leur courage et leur dévouement

  • Luther le 08.05.2020 12:24 Report dénoncer ce commentaire

    Cette crise a montré que la mojorité des soignants n'étaient pas luxembourgeois. C'est une occasion à saisir pour une prise de conscience et admettre les langues françaises et allemandes comme des langues "nationales", c'est à dire parlées par une bonne partie de la population et dont la connaissance suffit, comprendre "defrait suffire", pour obtenir la nationalité du pays.

  • bonsens le 08.05.2020 11:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Heureusement que c’est pas encore la guerre (que tout le monde voudrait apparemment en lisant tous les messages haineux) car je me demande vraiment comment ces gens vont gérer des situations bien pires que de voir quelques centaines de personnes âgées mourir d’un virus...en tout quelques milliers. Souvenez-vous des chiffres en millions des grandes guerres avant d’insulter des gens que vous ne connaissez pas et qui vivent loin de chez vous. Merci

    • @bonsens le 08.05.2020 12:08 Report dénoncer ce commentaire

      Ben quand vous voyez qu il y a qui se plaignent parce qu ils doivent rester a la maison en toute securité avec le frigo plein en matant Netflix tout en touchant 80% de leur salaire, hein. Alors que leur grand parents ont crevé la dalle pendant 5ans et ont parfois du rester cloitres à la cave des semaines en se demandant si la prochaine bombe ne serait pas pour eux. C est vous qui manquez de respect aux soignants: ils sont habitues à la mort, mais pas à perdre 10 personnes par jour, dont certains jeunes, alors au en temps normal il n ont qu un deces.

    • TontonB le 29.05.2020 19:25 Report dénoncer ce commentaire

      Vous en faites pas, la guerre elle arrive à grands pas qaund vous voyez le comportement des dirigeants des Etats européens, qui font fi de décennies de construction européenne. L'UE, garante de paix en Europe est morte en même pas deux semaines.