Enquête de l'ONU

01 octobre 2019 14:31; Act: 01.10.2019 14:46 Print

Des propos glaçants avant la mort de Khashoggi

Les enregistrements clandestins du consulat d'Arabie saoudite, en Turquie, ont permis aux enquêteurs de l'ONU d'en savoir plus sur le déroulé du meurtre du journaliste.

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Mohammed ben Salmane a été accusé du meurtre, ce qu'il dément. (photo: AFP/Oscar del Pozo)

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Les assassins présumés du journaliste saoudien Jamal Khashoggi plaisantaient sur le fait que «même un boucher ne découpe pas de la viande sur le sol», juste avant son arrivée au consulat saoudien à Istanbul, selon des témoins interrogés par la BBC. Helena Kennedy, une avocate britannique qui a participé à l'enquête de l'ONU, a écouté un enregistrement fourni par les autorités turques (qui avaient placé des micros dans le consulat) dans lesquels Khashoggi est qualifié «d'animal destiné au sacrifice».

«Ils se demandaient si le corps et les hanches rentraient dans un sac de cette façon», a-t-elle dit à la BBC dans ce documentaire diffusé dans l'émission «Panorama» lundi soir, un an après le meurtre, le 2 octobre 2018. Le médecin légiste soupçonné d'avoir découpé le corps en morceaux disait: «J'écoute souvent de la musique quand je découpe des cadavres. Parfois avec un café et un cigare à la main», selon Mme Kennedy. «Il dit: "C'est la première fois de ma vie que je dois découper des morceaux sur le sol, même un boucher qui veut découper un animal le suspend", a-t-elle ajouté. Vous les entendez rire, c'est glaçant».

«C'est un chien, mettez-ça sur sa tête»

La Turquie avait remis à l'ONU un enregistrement de 45 minutes pour son enquête sur le meurtre du journaliste, critique du régime de Riyad. Le meurtre, qui aurait impliqué 15 agents saoudiens, avait soulevé une émotion considérable. La CIA et une experte de l'ONU, Agnes Callamard, ont mis en cause le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, qui dément. Cherchant à soigner son image fortement ternie, le royaume saoudien a traduit en justice onze suspects.

Khashoggi se rendait à l'ambassade pour obtenir des papiers afin d'épouser sa fiancée turque. «Vous entendez Khashoggi passer du sentiment de confiance à la peur, puis l'angoisse croissante, la terreur et enfin la réalisation que quelque chose de fatal va se produire», a souligné Mme Kennedy. La rapporteure spéciale de l'ONU, Agnes Callamard, qui a également écouté les bandes, dit que Khashoggi demande à ses bourreaux: «Vous allez me faire une piqûre?», ce à quoi ils répondent par l'affirmative. «Ce qu'on entend après montre qu'il est étouffé, sans doute avec un sac en plastique sur la tête». Peu après, «quelqu'un dit: "C'est un chien, mettez-ça sur sa tête, enveloppez-là". On ne peut que comprendre qu'ils ont coupé sa tête», explique-t-elle à la BBC.

(L'essentiel/afp)