Japon

09 janvier 2020 07:22; Act: 09.01.2020 10:18 Print

L'attitude de Ghosn est «inqualifiable» pour le Japon

La conférence de presse de Carlos Ghosn au Liban, mercredi, est loin d'avoir été appréciée dans l'archipel nippon.

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«Pas convaincant», «fugitif hors-la-loi», «critiques inacceptables»: le gouvernement, des personnalités mises en cause et les médias japonais ont réagi avec colère aux propos de Carlos Ghosn, lui enjoignant de venir s'expliquer devant la justice nippone s'il a des preuves. Après avoir tardé à condamner officiellement la fuite du patron déchu de Renault et Nissan au Liban, fin décembre, les autorités japonaises ont immédiatement réagi dès la fin de son «show» médiatique organisé mercredi à Beyrouth, qui plus est sans mâcher leurs mots, ce qui est rare.

«Je veux qu'il vienne affronter réellement la justice japonaise, mais il a fui, alors même qu'il n'était pas enfermé, qu'il pouvait voir librement ses avocats. Une telle attitude est inqualifiable», s'est agacée la ministre de la Justice, Masako Mori, lors d'un point de presse à Tokyo, jeudi matin. Elle avait déjà réagi dans la nuit. «Dans tous les cas, son évasion n'est pas justifiable», a-t-elle poursuivi.

«Rien de probant»

Alors qu'il attendait au Japon son procès pour diverses malversations financières présumées, Carlos Ghosn s'est enfui fin décembre, au Liban, brisant l'interdiction formelle de quitter l'archipel nippon où il était libre sous caution, depuis avril dernier.

«Si l'accusé Ghosn a quelque chose à dire sur son affaire pénale, qu'il présente ses arguments ouvertement devant un tribunal japonais et apporte des preuves concrètes. J'espère sincèrement que le prévenu Ghosn déploiera tous les efforts possibles pour faire valoir son point de vue dans le cadre d'une procédure pénale équitable au Japon», a répété la ministre. «Mon impression est qu'il n'y avait rien de probant», a-t-elle encore ajouté, en faisant référence aux dernières déclarations du Franco-libano-brésilien.

«Plein de ressentiments»

Les procureurs nippons ont aussi fustigé les assertions de Carlos Ghosn, dans un communiqué publié dès la fin de sa prestation survoltée de deux heures et demie devant des caméras du monde entier. S'exprimant pour la première fois depuis plus d'un an devant des journalistes triés sur le volet (beaucoup de Japonais ont été exclus), il a dit tout le mal qu'il pense d'une justice où il se sentait condamné avant d'être jugé. Pour la énième fois, il a dénoncé une collusion entre les procureurs, Nissan et la presse «qui s'est contentée de publier des fuites des enquêteurs, sans une once de critique ou d'analyse».

Réponse du berger à la bergère, les commentateurs des télévisions japonaises n'ont exprimé jeudi matin aucune mansuétude à son égard. «Il n'y a rien de nouveau dans ses propos, aucun élément concret convaincant, c'est plutôt un monologue émotionnel», a résumé un journaliste de la chaîne publique NHK. «Ghosn était un homme d'affaires hors pair, ça ne fait pas de doute, mais dans ce genre de spectacle, il apparaît trop plein de ressentiments et cela manque d'arguments solides pour asseoir sa défense», a commenté Hisao Inoue, journaliste et essayiste qui a suivi l'affaire depuis le début.

«Pas de temps à perdre avec quelqu'un qui joue un drame écrit par lui-même»

Même tonalité du côté des responsables de Nissan nommément mis en cause par Carlos Ghosn. «Je n'ai pas de temps à perdre avec quelqu'un qui joue un drame écrit par lui-même après avoir fui un pays en violant la loi», a lancé sur la chaîne de télévision NTV Masakazu Toyoda, un administrateur extérieur du groupe automobile. «Si le contenu de la conférence de presse se limite à ça, il aurait pu la faire au Japon», a ironisé l'ancien directeur général de Nissan, Hiroto Saikawa, dénoncé par le capitaine d'industrie comme étant un de ses fossoyeurs.

Dans ce concert de critiques, beaucoup ont néanmoins été impressionnés par les talents de polyglotte du «citoyen du monde» Ghosn (hormis le japonais) et certains ont quand même donné un peu de crédit à ses propos.

«Si les médias japonais ont été écartés de cette conférence, on n'y peut rien, c'est une conséquence de la défiance à l'égard d'une presse qui écrit sans cesse le suspect Ghosn , l'accusé Ghosn et déroule sans recul les fuites des procureurs», a écrit sur Twitter l'intellectuel Kenichiro Mogi. «Ce n'est pas en niant les problèmes du système pénal japonais mais au contraire en reconnaissant ses lacunes et montrant la volonté d'y remédier que la justice japonaise peut recouvrer la confiance», a-t-il estimé.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Slimane le 09.01.2020 08:06 Report dénoncer ce commentaire

    Moi j'ai regardé la conférence en direct, et ce qui n'est pas probant, c'est la justice japonaise et leur gouvernement. Les arguments de Ghosn qui n'a rien à prouver quand à sa manière de gèrer des entreprises sont très convaincants et quand il a raillé les résultats de Renault et Nissan il avait parfaitement raison (perte de 22 millions d'€ / jour quand on considère qu'une affaire à 11 millions est plsu importante que de s'occuper de son sort)

  • rené sance le 09.01.2020 07:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Il aurait eu des maîtresses, ils l’aurait accusé de viol. Regardez Assange, il n’en a pas fini avec cette soit disante justice qui agit comme un rouleau compresseur pour laminer les individus qu’elle veut éliminer. Il a bien fait de se tailler pour échapper à cette mascarade de justice. Bravo Carlos. Tu as sauvé leur boîte Nissan, maintenant pense a toi et à Carole qu’ils inculpent pour parjure, c’est à mourir de rires.

  • Carlos le 09.01.2020 09:30 Report dénoncer ce commentaire

    Bravo Carlos ! Tu as bien fait de d'échapper de ce système judiciaire archaïque et tyrannique ! Viva la Libertad!

Les derniers commentaires

  • Valrus le 09.01.2020 15:02 Report dénoncer ce commentaire

    De toute façon, à partir du moment ou le prisonier refuse d'avouer, c'est génétique, ça met lés Japonais en rogne. NB: Je n'utilise pas le terme suspect car il n'existe pas en neuro-linguistique japonaise.

  • Jerry Kann le 09.01.2020 14:57 Report dénoncer ce commentaire

    Les japonais peuvent dire ce qu'ils veullent, le Liban n'a pas la bombe.

  • Atitude inqualifiable le 09.01.2020 14:53 Report dénoncer ce commentaire

    C'est déjà ce que disaient leur ancêtres lorsqu'un prisonnier refusait d'avouer sous la torture.

  • Nathan Algren le 09.01.2020 14:50 Report dénoncer ce commentaire

    Les Japonais ont toujours été des champions de la torture psychologique. C'est comme ça, c'est culturel. De la même façon les jeunes japonais sont entrainés dès la naissance à ne jamais dire la vérité.

  • Carlos le 09.01.2020 11:38 Report dénoncer ce commentaire

    La justice est bien plus laxiste envers des agressions physiques, des cambriolages, des tentatives de meurtre etc... J'ai suivi le soit disant Show et j'ai trouvé ça très convainquant. Les japonais parlent de ressentiments, ils sont bizarres, comment être autrement après avoir vécu l'acharnement dont il fait l'objet ?