Dans le Pacifique

30 juillet 2019 10:56; Act: 30.07.2019 11:09 Print

L'île Henderson, paradis perdu par le plastique

L'île Henderson a l'une des plus fortes concentrations de déchets plastiques au monde, en raison du jeu des courants océaniques et de son isolement extrême.

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C'est pour son «écologie pratiquement intacte» que l'île Henderson, atoll désert du Pacifique, fut inscrite en 1988 sur la liste du patrimoine mondial. Elle est aujourd'hui noyée sous un océan de déchets plastiques face auquel les scientifiques se disent démunis. Rattachée à la colonie britannique de Pitcairn, l'île se trouve à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et le Pérou, distants d'environ 5 500 kilomètres. Mais en dépit de son isolement extrême, ce joyau a l'une des plus fortes concentrations de déchets plastiques au monde, en raison du jeu des courants océaniques.

«Nous y avons trouvé des débris provenant d'à peu près partout», explique Jennifer Lavers, une chercheuse basée en Australie qui a conduit le mois dernier une expédition sur l'île. «Il y avait des bouteilles et des boîtes, toute sorte de matériel de pêche et les déchets provenaient, eh bien, de tous les pays que vous voulez, d’Allemagne, du Canada, des États-Unis, du Chili, d'Argentine, d’Équateur. C'est vraiment un message, cela montre que chaque pays a une responsabilité dans la protection de l'environnement, jusque dans ces endroits reculés».

Comme sur un tapis roulant

L'île Henderson se trouve au centre du gyre subtropical du Pacifique Sud, un gigantesque tourbillon océanique qui tourne dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, descendant la côte australienne pour remonter ensuite le long de l'Amérique du Sud. Ce gyre est une bénédiction pour l'atoll en ce qu'il contribue à ramener dans ses eaux les nutriments qui contribuent à la prolifération d'une riche faune marine et de colonies d'oiseaux marins. Alors que les atolls coralliens sont typiquement pauvres en espèces, celui de Henderson est d'une diversité telle qu'il fut inscrit en 1988 sur la liste du patrimoine mondial par l'Unesco, pour sa «valeur universelle exceptionnelle».

«En tant que l'une des dernières îles calcaires de grande taille à avoir conservé une écologie pratiquement intacte, l'île d'Henderson a préservé sa beauté exceptionnelle avec ses plages de sable blanc, ses falaises calcaires et sa riche végétation pratiquement intacte», indique encore l'Unesco sur son site Internet. «Sa situation isolée permet d'y observer la dynamique de l'évolution insulaire et de la sélection naturelle.» Voilà cependant des années que le gyre agit aussi comme un tapis roulant déversant en permanence quantités de plastiques piégés dans ce qui est nommé le vortex de déchets du Pacifique Sud.

C'est en 2015 que Mme Lavers y a réalisé sa première expédition, recensant 700 morceaux de plastique au mètre carré, soit une des concentrations les plus élevées au monde.

«Fermer le robinet»

Pour aggraver le problème, les vagues ont contribué à réduire la moitié de ces déchets en poussières presque invisibles et quasiment impossibles à ramasser, mais qui sont facilement ingérées par les oiseaux ou les tortues. Le mois dernier, la scientifique a organisé sur l'île un ramassage de déchets, et six tonnes de plastique ont été collectées sur les plages en deux semaines de dur labeur. Leur bateau ne pouvant approcher suffisamment près de la côte, ces déchets n'ont pu être emportés. Ils ont été rassemblés au-delà de la ligne de pleine mer en vue d'une récupération future.

Mme Lavers a cependant reconnu qu'il était «déchirant», après cet effort, d'assister en direct au souillage des plages par de nouveaux déchets. «Nous avons pris notre déjeuner et observé en temps réel le rejet par l'océan de bouées, morceaux de cordage et autres déchets», raconte-t-elle.

Pour la chercheuse, qui envisage de nouvelles expéditions vers Henderson en 2020 et 2021, cela ne fait que souligner le fait que les nettoyages de plages ne sont pas une solution à long terme. «Cela illustre la nécessité de fermer le robinet à la source», poursuit-elle, en demandant de plus grandes restrictions concernant les plastiques à usage unique. «Il y a tellement de plastique dans les océans. Il faut faire tout ce que nous pouvons pour empêcher que davantage n'y soient rejetés».

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • P'tit coup de blues... le 30.07.2019 11:07 Report dénoncer ce commentaire

    Et pourtant peu de choses changent en attendant dans les pays consommateurs. Le rayon à charcuterie des grandes surfaces est toujours un rayon à "emballages plastiques", le rayon boissons est toujours un rayon à "emballages plastiques" etc. Perso en sélectionnant et changeant mes habitudes j'ai réduit à quasi rien le plastique, mais nous sommes si peu nombreux à faire l'effort. Mais bon, on ne peut se baser que sur le bon vouloir des consommateurs/distributeurs/producteurs. Il faut des Lois, sinon rien ne changera vraiment... L'alarme est tirée est peu se passe (comme pour le réchauffement)

  • Vlad le chocolat le 30.07.2019 11:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Terrifiant!

  • Juste une paille dans l'océan le 30.07.2019 11:21 Report dénoncer ce commentaire

    Et pendant ce temps là, un certain Donald T vend des pailles en plastique avec son nom dessus en vue de financer sa prochaine campagne présidentielle. Il a ainsi récolté près de 500.000 dollards en une semaine.

Les derniers commentaires

  • bonsens le 31.07.2019 03:41 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    C’est clair que la moitié de la planète n’a absolument aucune mesure de triage des déchets, aucune conscience de la pollution et du problème. C’est très grave

  • Anakalia le 31.07.2019 03:35 Report dénoncer ce commentaire

    Au meme temps si personne n'y habite et que personne ramasse les dechets c'est normale ce que on voit sur la photo...La mer ramene plein de dechets. donc les gens, peu importe ou vous etes ou vous allez en vacances, levez vous sortez et ramassez des dechets.

  • No comment le 30.07.2019 21:24 Report dénoncer ce commentaire

    ,,, car tout le monde sait que cette situation ne peut pas durer. Tout le monde sait que cela va craquer et que ce sera la catastrophe. Et c'est bien là le côté ironique et terrible de cette situation.

  • No comment le 30.07.2019 21:11 Report dénoncer ce commentaire

    Je repense parfois aux dernieres paroles de Gandhi dans le film d'Oliver Stone. "J'ai monté au monde une façon de vivre qui met fin à toute cette folie. Mais le monde est aveugle." Même les indiens sont bien loin de mettre en pratique son mode de vie, mais nous finirons bien tous par l'adopter, de gré ou de force; par une civilisation nouvelle et écologique ou dans une catastrophe d'ampleur mondiale qui mettra fin à cette civilisation-ci. Et sans doute les deux.

  • Phi le 30.07.2019 20:09 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Une honte que nos déchèts ne sont pas détruits ici sur place on aurait le contrôle , mais l‘expédié est plus facile.