Liban

19 septembre 2020 12:46; Act: 19.09.2020 12:46 Print

Le port de Beyrouth gangrené par la corruption

L’explosion au port de la capitale libanaise a mis en lumière la corruption qui règne en maître sur cette infrastructure vitale. Clientélisme, fraude et pots-de-vin sont fréquents.

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Salaires faramineux pour des fonctionnaires aux loyautés politiques connues, appels d’offres et enchères publiques opaques: au port, principale porte d’entrée des importations, les partis dominant l’État ont instauré les mêmes pratiques en vigueur dans l’ensemble du secteur public.

Le puissant mouvement chiite armé Hezbollah, protégé de l’Iran, jouit au port d’une «voie express», le dispensant de tout contrôle, selon un juge à la retraite. Mais les marchés véreux impliquent tous les mastodontes de la vie politique, conspués par une grande partie des Libanais: outre le Hezbollah, il y a le courant patriotique libre (CPL) du président Michel Aoun, le parti Amal de l’indéboulonnable chef du Parlement Nabih Berri et le courant du futur de l’ex-premier ministre Saad Hariri.

Une des institutions les plus corrompues

«Le port est l’une des institutions les plus corrompues, que ce soit au sein de l’administration ou des douanes», dit Mohamed Chamseddine, chercheur à l’institut de recherches et de sondages Information International. «Il n’y a pas de contrôle gouvernemental efficace, qu’il s’agisse des rentrées d’argent ou des dépenses». Dans les années 1990, la gestion du port a été confiée à une commission de sept membres œuvrant comme une «entreprise privée», selon lui. L’arrangement, initialement temporaire, reste en vigueur.

Comme dans toutes les institutions du pays, l’attribution des postes à cette commission se fait sur les quotas entre les principales communautés religieuses, musulmanes sunnite et chiite et chrétienne. «Le partage [confessionnel, NDLR] du pouvoir au sein de l’État est appliqué au port. Tout le monde en profite», souligne M. Chamseddine.

Politique rongée par la corruption

Après l’explosion dévastatrice du 4 août au port de Beyrouth, qui a fait plus de 190 morts et 6 500 blessés, le directeur général du port, Hassan Koraytem, proche du courant du futur, et le directeur général des douanes, Badri Daher, aligné sur le CPL, ont été arrêtés.

L’enquête n’a toujours pas déterminé les causes exactes de l’explosion dans un entrepôt, où étaient stockées depuis plus de six ans quelque 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium, «sans mesures de précaution» de l’aveu même des autorités. Le drame d’une rare violence est venu mettre en exergue les manquements d’une élite politique rongée par la corruption.

Après l’explosion, les détracteurs du Hezbollah ont accusé le mouvement d’utiliser le port pour y stocker ou faire transiter des armes, allant même jusqu’à s’interroger sur ses liens avec la cargaison de nitrate d’ammonium. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a nié tout contrôle au port. Mais l’organisation et ses hommes d’affaires bénéficient de leurs propres réseaux pour gérer en toute discrétion leurs transactions et faire transiter leurs marchandises, selon les observateurs interrogés par l’AFP.

Inspecteurs pas remplaçables

«Il est de notoriété publique que des marchandises passent par le port et l’aéroport pour le compte de la "résistance"», confirme l’ex-président du conseil d’État, une institution juridique, Choukri Sader, en référence au Hezbollah. Ce dernier a une «voie express» «au port comme à l'aéroport, pour faire passer ses cargaisons sans fouilles», dit-il.

En 2019, le trésor américain a adopté des sanctions contre Wafiq Safa, un cadre du Hezbollah accusé d’activités de «contrebande» aux postes-frontières mais aussi d’avoir utilisé le port de Beyrouth pour «le passage de marchandises, y compris de la drogue et des armes», au profit du mouvement classé «terroriste» par Washington.

Mais le Hezbollah n’est pas le seul à avoir des passe-droits au port. Un rapport confidentiel préparé par un service de sécurité libanais sur les pots-de-vin au port, nomme par exemple cinq inspecteurs des douanes qui «ne peuvent être remplacés». Et pour cause: l’un est affilié au CPL, un au Hezbollah et à Amal, deux au courant du futur et un cinquième aux forces libanaises chrétiennes de Samir Geagea.

«Où va l’argent?»

Le port de Beyrouth accueille 70% des importations du pays. Les revenus annuels de gestion du port représentent en moyenne 220 millions de dollars, dont seulement 60 millions finissent dans les caisses de l’État, selon M. Chamseddine. «En principe, le reste est utilisé pour les salaires et le développement du port. Mais de fait nous ne savons pas où va l’argent».

Au Liban, la fraude douanière se déroule principalement au port. Et son coût est estimé à entre un et deux milliards de dollars par an, dit l’expert. Elle profite à des hommes d’affaires alliés aux forces politiques, parfois par le biais «d’associations caritatives fictives», ces entités bénéficiant légalement d’exemptions douanières, indique-t-il. Contrefaçons de produits de luxe, passage de drones sans permis: Tout peut se faire, mais tout a un prix.

(L'essentiel/afp)

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Les commentaires les plus populaires

  • Unicorn, l'original, d'URSS/Russie le 19.09.2020 16:10 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    La corruption est un problème immense, pas seulement chez eux au Liban, et je sais de quoi je parle ...

  • gigi le 19.09.2020 14:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ces pays ne se développeront jamais ou de cette façon donc aucun avenir sans aide de pays développé mais ça c est dur à entendre

  • Sherlock le 21.09.2020 16:19 Report dénoncer ce commentaire

    Cet article se trompe de sujet. Si le port de Beyrouth intéresse les gens c'est à cause de l'explosion de ce mois d'août. Les engrais qui ont explosés dépendaient des juges libanais qui avait saisi la cargaison d'un bâteau russe ou ukrainien. C'est les juges qui ont fait traîner ce stock malgré les avertissements des autorités portuaires. Racontez-nous leurs sales histoires judiciaires à eux, plutôt que des histoires qui n'ont rien avoir. Une manipulation de l'opinion publique est en cours de développement, nous allons voir la suite bientôt.

Les derniers commentaires

  • Sherlock le 21.09.2020 16:19 Report dénoncer ce commentaire

    Cet article se trompe de sujet. Si le port de Beyrouth intéresse les gens c'est à cause de l'explosion de ce mois d'août. Les engrais qui ont explosés dépendaient des juges libanais qui avait saisi la cargaison d'un bâteau russe ou ukrainien. C'est les juges qui ont fait traîner ce stock malgré les avertissements des autorités portuaires. Racontez-nous leurs sales histoires judiciaires à eux, plutôt que des histoires qui n'ont rien avoir. Une manipulation de l'opinion publique est en cours de développement, nous allons voir la suite bientôt.

  • censuré le 20.09.2020 20:21 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    à Madagascar, règne en maitre du sommet de l'état aux petits fonctionnaires...sans parler des détournements de fonds des aides.

  • Palamunitan le 19.09.2020 23:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Dans ces pays... on le SAVAIT mais, PAR DEMOCRATIE... on a IGNORE.

  • duvaro le 19.09.2020 20:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Pas grave, Manu président du monde va remettre de l'ordre dans tout cela.

  • Très souvent censuré par L'Essentiel le 19.09.2020 18:42 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Ah bon, la corruption, vous êtes sûrs ? Pas grave, la France va financer tout ça...