Amérique latine

26 mai 2020 09:15; Act: 26.05.2020 14:37 Print

Les Vénézuéliens privés d'eau, de carburant et de télé

Les pénuries ne cessent de s’aggraver dans le pays, miné par une crise politique sans fin, et désormais sous confinement.

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Son masque de protection, obligatoire, est mis de travers et l'indignation fuse. «Je fais la queue depuis minuit et j'espère faire le plein demain», s'échauffe Teodoro Lamonte, 50 ans. Il a bravé le confinement décrété par le président socialiste Nicolas Maduro pour juguler la propagation du coronavirus. Il a garé sa voiture sur le bas-côté d'une autoroute urbaine de Caracas, au milieu d'une file de dizaines de véhicules. Tous attendent le ravitaillement en carburants de la station-service la plus proche.

La mise en place du confinement à la mi-mars a coïncidé avec le début d'une des pires pénuries d'essence qu'ait connues le Venezuela, pays aux plus grandes réserves de pétrole au monde. Du pétrole, «on en a! Il paraît qu'il y a cinq milliards de barils sous terre. Mais il n'y a pas d'essence», fulmine Teodoro. La production s'est effondrée: elle est tombée à 622 000 barils par jour aujourd'hui, un cinquième de son volume d'il y a dix ans, selon l'Opep.

Nicolas Maduro met cette débâcle sur le compte des sanctions américaines. Les analystes et l'opposition autour de Juan Guaido estiment, eux, que la corruption et le manque d'investissements sont à la racine du problème. En attendant, cinq pétroliers venus d'Iran, allié de Nicolas Maduro, doivent apporter une bouffée d'oxygène. Le premier est arrivé ce lundi matin.

«Je n'aurais jamais pensé vivre comme ça»

À Bello Monte, un quartier de la classe moyenne, on fait la queue pour de l'eau potable. Yulimar Espinosa, 40 ans, prend son mal en patience devant l'échoppe qui propose de l'eau à 30 000 bolivars, environ 15 centimes d'euro, le bidon de 20 litres. «Il faut éviter de boire l'eau du robinet parce qu'il n'y a pas de médicaments» en cas d'intoxication, constate-t-elle. Yulimar est informaticienne et son salaire suffit tout juste à faire bouillir la marmite. «Je n'aurais jamais pensé vivre comme ça. Notre qualité de vie s'est effondrée», souffle-t-elle.

Car le Venezuela a vécu des jours meilleurs, grâce au pétrole. Las, la chute des cours et les sanctions américaines sont passées par là. Son PIB s'est contracté de moitié en six ans et l'hyperinflation a atteint +9 585% en 2019. À cela s'ajoute la crise politique. Depuis plus d'un an, Juan Guaido tente d'évincer Nicolas Maduro, le taxant d’«usurpateur» en raison de la présidentielle «frauduleuse» de 2018. L'opposant est soutenu par près de soixante pays qui le reconnaissent comme président par intérim, dont les États-Unis.

Écrans noirs

Ultime soubresaut dans le bras de fer entre Washington et Nicolas Maduro: le groupe de télévision payant par satellite DirecTV, propriété de l'américain AT&T, a cessé d'émettre au Venezuela, la semaine dernière, en raison des sanctions américaines.

Une catastrophe pour les 6,5 millions d'abonnés vénézuéliens. Parmi eux, Giovanny Sanchez, négociant en viande à Caracas. Dans son quartier, «il n'y a pas de parc» pour que ses deux enfants puissent se dépenser. En plein confinement, les dizaines de chaînes de DirecTV leur permettaient de «se distraire, regarder un film et reprendre leurs devoirs», explique Giovanny.

Désormais, l'écran reste noir. Giovanny a trouvé la parade en branchant son récepteur sur Internet pour accéder à certaines chaînes en streaming. Mais tous les Vénézuéliens ne peuvent pas en faire autant. Selon l'ONG Freedom House, seuls 60% d'entre eux avaient accès à Internet en 2018.

(L'essentiel/AFP)