Hong Kong

03 juillet 2020 09:31; Act: 03.07.2020 09:36 Print

«Nettoyage» digital pour échapper à Pékin

Les militants pro-démocratie craignent que leur engagement entre sous le coup de la nouvelle loi chinoise sur la sécurité. Résultat: ils effacent leurs traces sur la Toile.

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Le ton monte depuis plusieurs jours dans le territoire indépendant. (photo: keystone-sda.ch)

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Désactiver ses comptes, migrer vers des réseaux «sécurisés», supprimer l'historique... La loi de Pékin sur la sécurité fait souffler un vent de panique chez les Hongkongais, convaincus qu'il est vital d'effacer les traces informatiques de leur engagement pro-démocratie.

Le régime chinois a imposé mardi soir à l'ex-colonie britannique un texte très controversé en ce qu'il viole, selon certaines capitales étrangères, le principe «Un pays, deux systèmes» censé garantir à Hong Kong des libertés inconnues ailleurs en Chine.

Jusqu'au dernier moment, Pékin a tenu secret le contenu de cette loi visant à réprimer la subversion, la sécession, le terrorisme et la collusion avec les forces étrangères, et qui est une réponse au mouvement de contestation sans précédent depuis 1997 apparu il y a un an. Pékin a assuré que les libertés politiques des Hongkongais n'étaient pas en jeu. Mais beaucoup d'entre eux se rappellent aussi que le Parti communiste a souvent utilisé de telles lois pour réprimer la dissidence en Chine.

«Faites attention»

«J'ai changé mon nom de profil et adopté un compte privé pour que mon employeur ne puisse pas voir mes publications qu'il pourrait juger anti-chinoises ou en violation de la loi sur la sécurité nationale», explique à l'AFP un employé d'une grande entreprise dont la direction est selon lui «Pro-Pékin». Après la promulgation de la loi, de nombreux Hongkongais ont annoncé qu'ils supprimaient leurs comptes sur Twitter, Telegram ou Signal, quand d'autres partageaient les conseils sur les meilleurs moyens de réduire les traces laissées sur internet.

«Pour votre sécurité, nous effaçons tous les messages», annonçait l'administrateur d'un groupe Telegram très suivi par les pro-démocratie. «S'il vous plaît, faites attention à ce que vous dites!» Autres préoccupations: les pouvoirs de surveillance élargis accordés à la police, notamment en matière d'écoutes et d'accès aux communications en ligne, sans supervision judiciaire.

«J’ai honte»

Les fournisseurs de réseaux privés virtuels (VPN) ont d'ores et déjà fait état d'une hausse des ventes depuis l'annonce de la loi. Billie, assistant de 24 ans d'un conseiller de district, précise avoir commencé à utiliser un VPN en mai, quand la Chine a annoncé sont projet de loi.

Il a fait le tri dans les personnes abonnées à ses comptes sur les réseaux sociaux, et supprimé ses publications «sensibles», alors même que la nouvelle loi n'est pas censée être rétroactive.

Pas seulement virtuel

«J'ai honte et je suis gêné. Je n'ai jamais voulu faire ça, mais je m'y sens obligé. C'est une question de survie», dit-il à l'AFP en demandant aussi à ce que sa véritable identité ne soit pas dévoilée. «C'est une partie de moi qui a disparu.» Ce grand ménage n'est pas que virtuel. Plusieurs restaurants «pro-démocratie» ont aussi choisi de décrocher la propagande colorée qui ornait leurs salles, ces «murs de Lennon» qui étaient autant de marques de soutien à la contestation du régime chinois.

Les premières arrestations en vertu de la nouvelle loi ont été réalisées mercredi, quand des milliers de personnes ont bravé l'interdiction de manifester pour défiler à l'occasion du 23ème anniversaire de la rétrocession en 1997. La plupart ont été interpellés parce qu'ils arboraient des drapeaux ou tracts indépendantistes.

(L'essentiel/ATS)