A New York: 21 décès en 18 mois dans la prison de la mort

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À New York21 décès en 18 mois dans la prison de la mort

À, l'évocation de la sinistre prison new-yorkaise de Rikers Island, la douleur de Lezandre Khadu sera toujours à vif: son fils Stephan y est mort en septembre en détention, s'ajoutant à la vingtaine de détenus qui y ont perdu la vie depuis 18 mois.

A general view shows the Rikers Island facility on June 6, 2022. - Rikers has long had a reputation for unsanitary conditions and violence but is facing arguably under its most intense scrutiny ever following the deaths, which included by suicide, drug overdoses and medical emergencies.
Last month a local court found the Department of Correction (DOC) in contempt for denying detainees access to medical care. (Photo by Ed JONES / AFP)

Pour les cinq premiers mois de cette année, six détenus de Rikers ont déjà perdu la vie.

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«Il a succombé à un système inhumain», pleure cette femme de 39 ans depuis son domicile de Brooklyn. «Cancer», «trou à rats», «maison de l'horreur»: d'anciens détenus de Rikers Island en tremblaient encore, 30 ans après, en racontant le quotidien de ce gigantesque complexe carcéral où sont passés, entre autres, Harvey Weinstein et Dominique Strauss-Kahn.

Violences, drogues, suicides et la pandémie de Covid-19 depuis 2020: les conditions de détention dans cette prison posée sur l'East River entre le Bronx et le Queens sont réputées effroyables, depuis des décennies. Désormais sous pression, les autorités de la ville et de l'Etat de New York ont promis des réformes et une rénovation, mais un tribunal a jugé en mai les services pénitentiaires américains coupables «d'entrave» à l'accès aux soins médicaux de certains détenus.

Lezandre Khadu, a mother of Stephan Khadu who died in Rikers Island prison complex in Queens, New York in September 2021, cries while telling stories about her son Stephen during the interview at her house in Brooklyn, New York on May 26, 2022. - Rikers has long had a reputation for unsanitary conditions and violence but is facing arguably under its most intense scrutiny ever following the deaths, which included by suicide, drug overdoses and medical emergencies.
Last month a local court found the Department of Correction (DOC) in contempt for denying detainees access to medical care. (Photo by Yuki IWAMURA / AFP)

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Pour Lezandre Khadu, il est trop tard. Son fils Stephan avait été incarcéré en détention provisoire en décembre 2019, dans l'attente d'un procès pour complicité de meurtre. Il y est mort en septembre 2021.

Un médecin légiste a conclu que le jeune homme avait succombé à une méningite, infection qui aurait pu être soignée, accuse sa mère, qui dénonce une absence de soins. «Personne ne s'en préoccupait. Mon fils serait encore là s'il avait été pris en charge. Il n'a pas été incarcéré pour mourir», se lamente-t-elle. Selon les services pénitentiaires, le décès de Stephan Khadu «fait l'objet d'une enquête».

Nombre record de morts

Au moins seize personnes sont mortes en 2021 dans les prisons new-yorkaises - ou quelques jours après leur sortie - et quasiment toutes à Rikers Island. Nombre de ces décès sont des suicides. C'est le nombre le plus élevé depuis 2013, après sept morts en 2020 et trois en 2019. Pour les cinq premiers mois de cette année, six détenus de Rikers ont déjà perdu la vie.

«Chaque mort est une tragédie», admet Louis Molina, contrôleur des prisons new-yorkaises. Dans un communiqué, il assure que les services pénitentiaires «travaillent activement à l'amélioration des conditions de détention et s'engagent à assurer la sécurité et le bien-être de tous ceux qui travaillent et résident» dans ces établissements.

Pour d'anciens détenus et responsables new-yorkais qui s'étaient confiés à l'AFP, en septembre dernier, l'insécurité et les conditions sanitaires sont «dix fois pires» que dans les années 1980-1990 et hors de contrôle depuis la pandémie de Covid-19 qui a mis New York à genoux en 2020.

Deaths at New York's Rikers jail, a mother's pain
Deaths at New York's Rikers jail, a mother's pain

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Une parlementaire de l'Etat, Emily Gallagher, avait dénoncé une «crise humanitaire» à Rikers: «Des ordures partout, de la nourriture infestée d'asticots, des cafards, des vers dans les douches, des excréments et de la pisse». Aujourd'hui, Rikers reste «un film d'horreur», témoigne auprès de l'AFP, Brian Carmichael, qui vient d'y passer deux mois. Il dénonce la violence des gangs criminels et des infrastructures insalubres.

La prison ouvre en 1932 et se taille une réputation de berceau de la violence. Dans les années 1990, Rikers Island comptait jusqu'à 20 000 détenus, soit environ un tiers de la population carcérale totale en France. Ils sont 6 000 aujourd'hui. La plupart sont des personnes noires et hispaniques, les plus défavorisées, en attente d'être jugées.

Célébrités

Des célébrités y sont parfois enfermées avant leurs éventuels procès. L'ancien directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn y avait été incarcéré de manière spectaculaire en mai 2011, ainsi que l'ancien tout-puissant producteur de Hollywood Harvey Weinstein, le bassiste britannique des Sex Pistols Sid Vicious et le rappeur américain Tupac Shakur, tous les deux décédés depuis.

L'ancien maire de New York Bill de Blasio avait promis une fermeture de la prison en 2026 et son remplacement par quatre établissements plus petits. Mais son successeur Eric Adams, qui s'affiche en homme à poigne, n'a pas encore relancé le chantier évalué à 8,7 milliards de dollars.

Lezandre Khadu, qui manifeste souvent devant les grilles de Rikers, promet qu'elle se battra «jusqu'à la mort» pour que la prison ferme: «Pas uniquement pour mon fils mais pour tous les fils».

(AFP)

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