ArcelorMittal Florange – 500 millions d'euros pour devenir rentable
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ArcelorMittal Florange500 millions d'euros pour devenir rentable

FLORANGE - Pour être rentables, les hauts-fourneaux auraient besoin d'une reprise du marché de l'acier en Europe et d'un demi-milliard d'euros d'investissements pour les rénover.

«L'insuffisance de la demande en Europe est la cause du problème et la situation s'aggrave», souligne l'expert.

«L'insuffisance de la demande en Europe est la cause du problème et la situation s'aggrave», souligne l'expert.

AFP

«Ces hauts-fourneaux alimentent le secteur de l'automobile et de la construction, tous deux touchés par la crise. Si vous produisez un bien qui n'est pas demandé, l'usine n'est plus rentable», explique à l'AFP Jean-Luc Gaffard, directeur de recherche à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

«L'insuffisance de la demande en Europe est la cause du problème et la situation s'aggrave», souligne l'expert. Selon lui, «plutôt que de s'en prendre à M. Mittal (...), il conviendrait de le faire avec les politiques d'austérité généralisée en Europe» qui empêchent la reprise économique. Lakshmi Mittal le répète à l'envi: la mise sous cocon des derniers hauts-fourneaux de Lorraine répond à un besoin du groupe de réduire ses capacités de production en Europe après une chute de 30% de la demande d'acier sur ce marché depuis le début de la crise en 2008.

La rénovation

Toutefois, même si les ventes d'acier repartaient à la hausse, les hauts-fourneaux de Florange seraient confrontés à un autre problème: leur rénovation. Le site pâtit du manque d'investissements depuis des années. Une remise à niveau nécessite 500 millions d'euros d'investissement, selon l'expert Pascal Faure, qui en juillet a présenté un rapport sur la viabilité du site intégré, qui dispose d'une filière chaude pour la production d'acier et une autre froide pour son traitement. Pour Xavier Lecoq, président de la CFE-CGC sidérurgie, l'usine «est condamnée en grande partie depuis la décision de la direction d'Arcelor en 2003 d'abandonner Florange», soit trois ans avant l'OPA hostile de Mittal.

Quand M. Mittal a pris les rênes d'Arcelor en 2006, le marché de l'acier était en plein boom et il avait besoin des capacités de Florange pour répondre à la demande. «2007 a été une année extraordinaire, mais la crise de 2008 a conforté les décisions prises en 2003», regrette M. Lecoq. A l'automne dernier, M. Mittal a accordé deux mois au gouvernement pour trouver un repreneur pour les hauts-fourneaux. Mais, malgré la menace d'une nationalisation brandie par le ministre Arnaud Montebourg, il a refusé de lâcher la filière froide de Florange, l'un des «joyaux industriels» du groupe, qui aurait intéressé des candidats potentiels.

Développement des activités

Au final, aucun repreneur ne s'est manifesté. La Banque publique d'investissement (BPI), qui dispose d'une force de frappe de 42 milliards d'euros, ne s'est pas montrée beaucoup plus emballée. Pour son directeur général, Nicolas Dufourq, Florange «n'aurait pas été un bon business» pour la BPI, qui y aurait perdu de l'argent. Ces propos, qui ont le mérite d'être clairs, ont été qualifiés de «grave dérapage» par la vice-présidente de la banque publique, Ségolène Royal. Quant au groupe Mittal, il est actuellement concentré sur le développement de ses activités minières et semble pas disposé à investir 500 millions d'euros pour maintenir les hauts-fourneaux de Lorraine. Il privilégie aussi ses hauts-fourneaux de Dunkerque et Fos-sur-Mer, situés dans des zones maritimes plus accessibles pour la livraison de minerai et de charbon que la Lorraine.

En outre, rappelle M. Lecoq, le groupe a subi l'année dernière des pertes colossales de 3,73 milliards de dollars. Sa dette s'élevait fin 2012 à 21,8 milliards de dollars. Après la mise sous cocon, le seul espoir de voir redémarrer les hauts-fourneaux de la vallée de la Fensch s'appelle LIS, le nouveau nom du projet européen Ulcos. Il vise à réduire d'au moins 50% les émissions de gaz carbonique lors de la fabrication d'acier. Le gouvernement est très attaché à ce projet, mais M. Gaffard a du mal à y croire. «C'est une bonne idée, mais elle va coûter très cher. M. Mittal va demander beaucoup d'argent aux pouvoirs publics pour mener à bien ce projet», tempère-t-il.

(L'essentiel Online/AFP)

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