Syrie – A Alep: «Merci le monde, vous nous avez tués»

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SyrieÀ Alep: «Merci le monde, vous nous avez tués»

Alors qu'Alep est sur le point de tomber aux mains du régime, les civils sur place tweetent pour dénoncer «un génocide» et l'immobilité de la communauté internationale.

En perdant ses dernières positions à Alep, la rébellion va essuyer son pire revers depuis le début de la guerre en mars 2011. La reconquête totale de la deuxième ville du pays offrira en effet au régime et à ses alliés le contrôle des cinq principales cités de Syrie avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. De leur ancien bastion d'Alep-Est qu'ils contrôlaient depuis 2012, les insurgés ne tiennent plus que deux principaux quartiers, Soukkari et Al-Machad, en plus d'une poignée de petits secteurs, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). «La bataille d'Alep touche à sa fin», a affirmé Rami Abdel Rahmane, directeur de l'OSDH, en parlant du principal front de ce conflit syrien qui a fait plus de 300 000 morts et déplacé au moins la moitié de la population.

Dans le sud de la métropole ravagée, les frappes aériennes et les tirs d'artillerie se poursuivaient sur le dernier réduit rebelle, alors que les civils continuaient de fuir. Dans le quartier d'Al-Machad, toujours sous contrôle rebelle, des témoins ont affirmé à l'AFP que de nombreux civils s'entassaient dans un même secteur faute d'abris. Des femmes et des enfants dorment dans la rue adossés à leurs valises. Les gens ont faim et sont à la recherche de pain, selon ces témoins.

130 000 réfugiés

Via son porte-parole, Stephane Dujarric, M. Ban Ki-moon a en tout cas tiré la sonnette d'alarme en mentionnant les atrocités dont auraient été victimes «un grand nombre de civils», dont des femmes et des enfants, dans la ville d'Alep. «Les Nations unies soulignent l'obligation pour toutes les parties sur le terrain de protéger les civils en se conformant aux règles humanitaires internationales», a insisté M. Dujarric, en soulignant que «c'est en particulier la responsabilité du gouvernement syrien et de ses alliés», notamment la Russie et l'Iran.

De nombreux Syriens sur place témoignent sur les réseaux sociaux. La petite Bana, 7 ans, écrit «mon papa est blessé, je pleure» quand sa maman tweete avec la rage du désespoir: «Message final: les gens sont en train de mourir cette nuit. Je suis surprise je tweete et suis encore en vie. Je suis triste que personne ne nous aide dans ce monde, personne ne nous évacue moi et ma fille. Au revoir».

D'autres enregistrent des vidéos. Lina dit «À tous ceux qui peuvent m'entendre. Nous sommes exposés à un génocide ici à Alep. C'est peut-être ma dernière vidéo».

Un autre, désespéré, dit «ne croyez plus en l'ONU, ne croyez plus en la communauté internationale (...) Ils sont satisfaits que nous soyons tués».

«Merci le monde, vous nous avez tués», tweete cet habitant.

Les insurgés d'Alep ont commencé à céder du terrain quand l'armée, soutenue par des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, a lancé une campagne foudroyante, le 15 novembre, pour reprendre la partie orientale qui lui échappait depuis juillet 2012. Lundi, ils ont perdu les quartiers de Cheikh Saïd et de Salhine puis se sont retirés de six autres quartiers, dont celui de Boustane al-Qasr, l'un des plus fortifiés, d'après l'OSDH. Plus de 10 000 civils supplémentaires ont fui les zones rebelles ces dernières 24 heures pour rejoindre des secteurs gouvernementaux, portant à 130 000 de nombre des habitants ayant fui l'offensive, a ajouté l'ONG.

En quatre semaines, l'opération militaire a coûté la vie à plus de 415 civils à Alep-Est selon l'OSDH, tandis que 130 civils ont été tués par des tirs rebelles dans l'ouest de la ville. Les efforts diplomatiques pour mettre fin au carnage à Alep, comme dans le reste du pays, n'ont jamais porté leurs fruits et les derniers pourparlers américano-russes ont échoué.

(MC/L'essentiel/AFP)

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