Trafic d'organes – A vendre: reins, poumons, etc.

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Trafic d'organesÀ vendre: reins, poumons, etc.

L'Europe n'est pas épargnée par le trafic d'organes. Un fait divers en Espagne vient de le rappeler.

Ici, un jeune Brésilien propose son rein pour 1 500 euros. (AP)

Ici, un jeune Brésilien propose son rein pour 1 500 euros. (AP)

Depuis dimanche, la presse européenne a relayé l'information du quotidien «El Mundo» selon laquelle une Espagnole, âgée de 44 ans, chercherait des acheteurs pour ses cornées, un de ses reins, un de ses poumons ou un morceau de foie. Cette mère serait sur le point de perdre son toit, car elle est criblée de dettes. Vendre ses organes, c'est l'ultime recours de ceux qui n'ont plus rien.

En marge de la paupérisation qui croît en de nombreux endroits du continent sous l'effet de la crise, cette histoire, qui n'est pas un cas isolé (lire l'interview ci-dessous), met en lumière l'augmentation du trafic. Il est favorisé par la pénurie de donneurs et l'accroissement du nombre de candidats à la greffe.

Entre 60 et 65 personnes attendent un greffon au Luxembourg

Aujourd'hui, 61 000 personnes dans l'Union européenne, et entre 60 et 65 au Luxembourg, attendent un greffon. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), sur les 107 000 transplantations effectuées sur la planète chaque année, près de 10% sont clandestines.

70% des opérations concernent le rein qui, à lui seul, représenterait 75% du marché noir. En fonction des pays, la vente de cet organe peut rapporter au mieux entre 4 000 et 5 000 euros si le malheureux ne se fait pas arnaquer par des mafieux.

Jusqu'à 166 000 euros une opération

Les filières illégales, bien implantées en Asie, se nourrissent, entre autres, du tourisme de patients prêts à payer jusqu'à 166 000 euros une opération qui leur épargnera les dialyses, voire la vie. Il est difficile d'évaluer le taux d'Européens qui succombent à la tentation car les médecins qui assurent le suivi postopératoire des patients sont tenus au secret.

Dans d'autres circonstances, la vente d'un organe se produit sous couvert de légalité. Des États (Autriche, Espagne, Norvège et Suisse) autorisent le don d'un vivant s'il certifie être un ami du receveur. Cette mesure, censée stimuler la générosité, ouvre alors la voie aux menteurs. Mais, d'un autre côté, les pays où seul un membre de la famille peut faire le donneur favorisent d'éventuelles pressions familiales, bafouant le libre arbitre.

Peu de donneurs au Luxembourg

Au Luxembourg, chaque résident en situation de mort encéphalique est d'office «donneur», à partir du moment où il ne s'est pas opposé à un don d'organes par écrit. «Tout passe par une discussion avec les familles. Mais près de 50% d'entre elles refusent. Il y a un manque d'information concernant le don d'organes», regrette Jorge de Sousa, coordinateur national de Transplantation. Cette année, deux personnes ont été explantées au Luxembourg. Un chiffre largement en dessous de la moyenne d'Eurotransplant située à 16,9 pour un million d'habitants.

Endiguer ce mal, un vrai défi

Gaby-Ruth Vermot est l'auteur d'un rapport sur le trafic d'organes pour le compte du Conseil de l'Europe. L'ethnologue et ex-parlementaire suisse prépare des conférences qu'elle donnera prochainement aux États-Unis sur cette atteinte aux droits humains.

Des Européens qui négocient leurs organes, est-ce nouveau?

Non. Il y a dix ans, j'avais déjà relevé de petites annonces sur Internet en provenance de France, de Belgique et d'Allemagne. Ce sont des personnes pauvres et souvent malades. Le nombre d'actes désespérés est en augmentation en des lieux épars, touchés par la pauvreté.

A-t-on affaire à des réseaux organisés en Europe?

Il y a des réseaux criminels de grande et de petite taille, familiale parfois. Je me souviens de petites structures démantelées en Moldavie.

Qui sont les médecins qui se livrent à ces pratiques?

Ces médecins font souvent partie de réseaux criminels et sont conscients de l'illégalité. Malgré les dangers, ils veulent juste gagner de l'argent, car le trafic d'organes rapporte. En Turquie, il y avait un excellent transplanteur qui agissait dans sa clinique; il a depuis lors été condamné. Mais vous trouverez partout des hôpitaux laxistes. Et les contrôles sont rares.

Que font les polices?

Au début des années 2000, Europol et Interpol ne semblaient pas vraiment au courant. Depuis lors, il y a eu quelques progrès.

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