Eglise au Luxembourg – Abus sexuels, «jamais trop tard pour réagir»

Publié

Église au LuxembourgAbus sexuels, «jamais trop tard pour réagir»

LUXEMBOURG - Au Grand-Duché, l'Église catholique dispose d'un Centre d'accueil des victimes d'abus sexuels. Le vicaire général fait le point après le récent rapport français.

Patrick Muller, vicaire général, a répondu en toute transparence à nos questions.

Patrick Muller, vicaire général, a répondu en toute transparence à nos questions.

Le 5 octobre dernier, un rapport dressait un état des lieux «accablant» sur l'Église catholique en France, estimant que 216 000 mineurs ont été victimes d'abus sexuels par des prêtres, diacres et religieux depuis les années 1950. Le pape François avait immédiatement exprimé sa «honte» et sa «douleur» après la publication de ce rapport. Un sentiment partagé par Patrick Muller, vicaire général de l'archidiocèse de Luxembourg. «À titre personnel, j'ai été effrayé et profondément triste pour ces victimes de violences spirituelles et sexuelles», nous a-t-il confié par téléphone, avant de faire la part des choses avec le Luxembourg.

«Nous avons été surpris que la France prenne autant de temps pour faire ce travail», s'est étonné Patrick Muller. «Au Grand-Duché, ce type de rapport a été dressé dès les années 2010, à la suite de scandales semblables qui ont éclaté en Allemagne. La France n'était visiblement pas épargnée non plus. Il n'est jamais trop tard pour réagir et il faut parfois se donner le temps nécessaire. Prions pour ces victimes et restons surtout à leur écoute».

Un «screening» chez un psychologue et chez un psychiatre

Face à de tels actes, comment l'Église catholique réagit-elle au Luxembourg? «Depuis 2017», prévient le vicaire général, nous dispensons, sur cette question, des formations à nos collaborateurs, qui sont au contact des mineurs et des vulnérables. 96 personnes ont suivi ces cours en 2017, 74 en 2019 et une vingtaine se sont encore inscrites en 2021. Nous proposons également une formation facultative à notre personnel administratif, pour que chacun soit bien préparé avant d'aller sur le terrain».

«C'est très important de communiquer et d'être transparent sur ces questions», ajoute encore Patrick Muller. «Pour les candidats diacres, prêtres ou encore laïcs à la pastorale, nous avons instauré un "screening" chez un psychologue et chez un psychiatre pour tenter de détecter si ces candidats n'ont pas de disposition à la pédophilie. Les résultats? On espère que cette étape puisse empêcher certaines personnes de se présenter».

Des faits qui remontent aux années 1960-1970

En février 2021, l'archevêché de Luxembourg a publié le rapport annuel 2020 du Centre d'accueil des victimes d'abus sexuels de l'Église catholique. Deux victimes se sont adressées à l'organisme au cours de l'année écoulée. Alors mineures, elles auraient été agressées sexuellement dans les années 1960. Elles accusent trois prêtres ou religieux ainsi qu'une autre personne. Une autre personne a signalé des violences physiques et des abus émotionnels, qui auraient été commis par une religieuse. Le vicaire général a transmis toutes les plaintes au ministère public.

«Ces faits datent généralement des années 1960-1970», regrette Patrick Muller. «À l'époque, ces victimes ne se sont pas manifestées, car nous ne disposions pas, non plus, des structures adéquates pour leur permettre de s'exprimer en toute confidentialité. Aujourd'hui, nous sommes à leur écoute et des entrevues sont proposées pour déboucher sur un rapport qui peut alors mener à une indemnisation. Une commission indépendante analyse chaque cas et à titre d'exemple, en 2020, trois personnes ont été indemnisées».

(Frédéric Lambert / L'essentiel )

Ton opinion