Mayra Andrade – «Adopter tous les types d'influences»

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Mayra Andrade«Adopter tous les types d'influences»

ESCH-SUR-ALZETTE - Chanteuse capverdienne établie à Paris, Mayra Andrade se joue des frontières musicales et sera à la KuFa, samedi, à 20h.

L’essentiel: Vous avez beaucoup voyagé. Est-ce pour cela que vous n’avez ni barrières musicales ni linguistiques?

Mayra Andrade (chanteuse): Sans doute. Ça a conditionné ma manière de voir les choses, et le monde. Mais également ma manière de faire de la musique. Du moment que je m’identifie, je peux adopter une influence sans complexe.

Capverdien, portugais, anglais, français: y-a-t-il une langue dans laquelle vous êtes plus à l’aise pour écrire?

Oui, le créole. Car mon énergie vient alors d’ailleurs, des entrailles, c’est quelque chose de viscéral. C’est moins évident en anglais, car je domine moins la langue.

Pourquoi avez-vous choisi Paris pour vous établir?

J’ai beaucoup bougé durant mon enfance, ce n’était pas un choix. Celui de Paris s’est fait de par ma culture francophone, et à cause de l’importance accordée à la culture en France. Lorsque l’on fait de la musique, Paris est un peu une évidence. J’y ai débuté ma carrière, puis j’ai eu la chance d’aller un peu partout.

«Lovely difficult», est paru en septembre. Satisfaite de l’accueil qui lui a été réservé?

Oui, j’ai eu de très bonnes critiques, et le public lui a aussi réservé un bon accueil. Ce disque parle plus aux gens, peut-être par son côté plus pop, universel. C’est un changement en fait, un virage. Et on m’a remercié d’avoir pris ce risque.

Vous l’avez enregistré à Brighton avec Mike Pelanconi. Vous aviez envie d’apporter une nouvelle touche à votre musique?

Je ne connaissais pas son travail auparavant. Mais il avait envie de chercher, prendre son temps, c’était rassurant. C’est une coréalisation, et il nous a fallu trouver un équilibre.

Quelle est votre chanson favorite sur l’album, et pourquoi?

C’est difficile de choisir, d’autant qu’il y a des chansons très personnelles, sur ma mère, son un ex. Je dirais peut-être «Ténpu Ki Bai».
Beaucoup d’autres artistes y sont présents (Biolay, Yael Naim, Piers Faccini).

Comment se sont faites ces rencontres?

Certains sont des amis, des proches. Cela peut d’ailleurs parfois être délicat dans le travail, lorsqu’un artiste imagine parfois quelque chose qui est loin de ce que l’on attendait. Mais ça s’est très bien passé.

Quels artistes admirez-vous, et avec qui aimeriez-vous un jour collaborer?

Caetano Veloso, qui, à 70 ans, continue de se réinventer. C’est un modèle de liberté, de création. Nous sommes amis, donc j’ai bon espoir.

Avec Lura, on vous présente souvent comme des héritières de Cesaria Evora. Est-ce réducteur?

C’est un grand raccourci. Nous avons des choses en commun, le fait d’être des femmes capverdiennes accrochées à nos racines. Mais musicalement, je ne m’inscrit pas dans la suite. Je n’ai pas toujours vécu là-bas. Ma mission dans la musique est d’apporter quelque chose de nouveau, une équation.

Recueilli par Cédric Botzung

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