En Turquie – Ahmet Davutoglu prêt à diriger le gouvernement
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En TurquieAhmet Davutoglu prêt à diriger le gouvernement

Le nouveau président Recep Tayyip Erdogan doit adouber jeudi son successeur à la tête de son parti et du gouvernement, qui sera, sauf énorme surprise, son fidèle ministre des Affaires étrangères.

Le bilan de la politique étrangère d'Ahmet Davutoglu est contesté en Turquie.

Le bilan de la politique étrangère d'Ahmet Davutoglu est contesté en Turquie.

AFP

Comme il l'avait lui-même annoncé, l'homme fort du pays, Recep Tayyip Erdogan, doit dévoiler le nom du futur Premier ministre à l'issue d'une réunion du bureau exécutif du Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) jeudi à Ankara. Cette annonce ne pourrait toutefois intervenir que vendredi, selon plusieurs médias. Malgré les efforts de M. Erdogan pour maintenir un certain suspense autour du nom de son successeur, l'intronisation de M. Davutoglu n'est plus qu'un secret de Polichinelle. Depuis plusieurs jours, de nombreuses sources proches de l'AKP ont confirmé le choix de la direction du parti au pouvoir depuis 2002 en faveur de cet universitaire de 55 ans.

Le chef de l'État sortant Abdullah Gül, considéré comme un rival de M. Erdogan, a lui-même craché publiquement le morceau mardi soir lors d'une réception. M. Davutoglu travaille aux côtés de l'actuel Premier ministre depuis son arrivée à la tête du gouvernement en 2003. Il fut d'abord son conseiller diplomatique, avant de prendre en 2009 le portefeuille de ministre des Affaires étrangères. Ce polyglotte est le maître d’œuvre de la nouvelle diplomatie turque, dite «néo-ottomane», qui a vu le retour de la Turquie sur l'avant-scène diplomatique mondiale, notamment au Moyen-Orient, dans la zone d'influence de l'ex-Empire ottoman.

Présidentialisation du régime

Le bilan de cette politique dite de «zéro problème avec les voisins» s'est toutefois singulièrement dégradé. Depuis les Printemps arabes de 2011, Ankara entretient des relations exécrables avec l'Égypte, la Syrie et Israël, jadis son allié. Contesté mais fidèle, M. Davutoglu ne devrait guère contester l'autorité du président Erdogan, qui a remporté dès le premier tour, avec 52% des voix, le premier scrutin présidentiel disputé au suffrage universel direct.

Fort de cette nouvelle légitimité, le futur chef de l'État a signalé haut et fort son intention de garder les rênes du pays. Âgé de 60 ans, M. Erdogan envisage sérieusement de modifier la Constitution pour y renforcer les prérogatives de la présidence, jusque-là largement protocolaires, et prendre la main de l'exécutif, dont le Premier ministre a pourtant l'essentiel de la charge. Source de tensions, cette présidentialisation du régime est dénoncée par l'opposition. «Il me semble que la Turquie est entrée dans l'ère des Premiers ministres marionnettes», a regretté jeudi Kemal Kiliçdaroglu, le chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), dans le quotidien Today's Zaman. «Il est évident qu'il (le nouveau président) continuera, dans ses nouvelles fonctions, dans la voie de l'homme seul et de l'État d'Erdogan», a pronostiqué l'écrivain et journaliste respecté Hasan Cemal.

Inquiétude des investisseurs

Après la réunion de jeudi, M. Davutoglu devrait officiellement prendre la tête de l'AKP lors d'un congrès extraordinaire prévu le 27 août. Sitôt investi le 28 août, le président Erdogan doit alors le charger de former un nouveau gouvernement. Depuis plusieurs jours déjà, la presse turque bruisse de pronostics sur le nom de son successeur à la tête de la diplomatie turque. En tête de la liste des prétendants, le directeur des services de renseignement (MIT) Hakan Fidan, un fidèle considéré comme le «gardien des secrets» de l'ère Erdogan, le ministre des Affaires européennes Mevlüt Cavusoglu ou celui de la Culture Ömer Celik. Les marchés financiers ont, eux, les yeux fixés sur les futurs titulaires des portefeuilles économiques du nouveau gouvernement.

À l'heure où M. Erdogan presse pour une baisse des taux d'intérêt, les investisseurs s'inquiètent d'un éventuel départ du vice-Premier ministre en charge de l'économie, Ali Babacan, et de son collègue des Finances Mehmet Simsek, qu'ils considèrent comme les principaux artisans de la réussite économique et de la stabilité financière du pays.

(L'essentiel/AFP)

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