Tout près du Luxembourg – Aux sources de la secte de l'Ordre du temple solaire
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Tout près du LuxembourgAux sources de la secte de l'Ordre du temple solaire

WARNACH - À deux pas du Luxembourg, un petit village belge a été le théâtre des rassemblements des protagonistes d'une secte qui a provoqué 74 décès dans des massacres massifs.

Luc Jouret, un des protoganistes de la secte de l'Ordre du temple solaire, n'était pas un inconnu en province de Luxembourg et dans le village de Warnach, proche du Grand-Duché.

Luc Jouret, un des protoganistes de la secte de l'Ordre du temple solaire, n'était pas un inconnu en province de Luxembourg et dans le village de Warnach, proche du Grand-Duché.

25 ans après le troisième et dernier massacre de la secte de l'Ordre du temple solaire, la télévision belge remonte le fil de l'histoire, ce mercredi soir à 20h20 sur La Une, pour se remémorer les années sombres d'une secte qui a fait 74 victimes de 1994 à 1997 en Suisse, en France et au Canada.

De manière assez improbable, cette fameuse secte s'est développée à deux pas du Grand-Duché, dans le petit village belge de Warnach. «Le couple Josianne et Jean-Léon avait acheté, en 1978/1979, une maison en contrebas de l'église du village», se remémore l'abbé Philippe Moline, qui nous a reçus dans la communauté des Frênes. «Dans les dépendances de la maison, ils ont rapidement organisé des espaces pour y tenir des expositions culturelles. Ils proposaient aussi des cours de cuisine végétarienne, du yoga, des petites soirées sur les médecines alternatives et naturelles. C'était un peu alternatif et branché pour l'époque, et les salles étaient souvent assez remplies».

«Convaincus que le monde allait vers une catastrophe...»

Directrice au home La Clairière à Arlon, «où elle n'était qu'appréciée», Josiane ainsi que Jean-Léon, «très bon peintre», ont progressivement basculé dans une organisation sectaire. «Luc Jouret, médecin-homéopathe installé dans le village de Léglise (en province de Luxembourg), a commencé à fréquenter «La Source», où il donnait également des conférences sur l'homéopathie», indique encore Philippe Moline. «Il avait beaucoup de charme et beaucoup de femmes le trouvaient très beau. Un jour, un certain Jo Di Mambro a commencé, lui aussi, à fréquenter «La Source». Ils se sont rencontrés en Suisse grâce à Jean-Léon. Assez rapidement, on s'est rendu compte qu'ils adoptaient des comportements et des attitudes étonnantes».

Et c'est à ce moment-là que les habitants du village du Warnach se sont rendu compte qu'ils effectuaient des petites rituels à quelques-uns dans une dépendance juste en bas de l'église du village frontalier au Grand-Duché. «Ils mettaient des capes et des bougies et ils organisaient des cérémonies», se souvient Philippe Moline. «Ce n'était pas "catho", mais on savait que ça se faisait. Avec plusieurs Français, ils sont ensuite partis en Suisse faire des voyages initiatiques. Également en Égypte à proximité des grandes pyramides. Ils étaient alors de plus en plus convaincus que le monde allait vers une catastrophe et que quelques initiés allaient se sauver en vivant autrement. En allant habiter là où les constellations et les énergies étaient positives».

«Ils étaient incompatibles au niveau cosmique»

Tout a basculé le jour où Jean-Léon et Josianne ont indiqué à Philippe Moline qu'ils allaient vendre leur maison à Warnach pour aller vivre chez Luc Jouret à Léglise. «Je n'y croyais pas et je leur ai demandé de ne pas aller trop vite, car vous allez peut-être le regretter», souligne l'abbé de la communauté des Frênes. «Ils avaient le crâne bourré et ils sont partis. J'étais très triste de voir comment ils évoluaient. Ils nous ont même montré les plans d'un temple qu'ils voulaient construire à Warnach, dans ce qui est devenu aujourd'hui notre jardin. On leur a racheté tout ça et ils voulaient vraiment y édifier le cœur de la secte de l'Ordre du temple solaire. Ce temple a finalement été construit à Salvan, dans le Valais suisse, où 25 adeptes de la secte sont morts lors d'un suicide collectif en 1994».

En 2022, on ne sait toujours pas à qui a profité le crime, car la secte avait amassé une fortune. «Tout le monde vendait ses biens au profit de la secte», se rappelle Philippe Moline. «Jean-Léon et Josianne ont même dû se séparer. Selon Luc Jouret et/ou Jo Di Mambro, deux des piliers de la secte, ils étaient incompatibles au niveau cosmique. C'était incroyable. De la folie humaine. C'était des gens très bien. Idéalistes. Ils sont devenus aveugles. En deux ans et demi, ils étaient partis, ils n'étaient plus ici. Luc Jouret avait une très bonne réputation d'homéopathe en province de Luxembourg. Encore aujourd'hui, des gens de Martelange se souviennent avoir été guéris par lui. C'est à n'y rien comprendre».

«Jean-Léon et Josianne sont morts dans des massacres collectifs»

Très choqué par toute cette histoire de massacre collectif, au milieu des années 1990, tout le petit village de Warnach n'a plus cherché à en savoir davantage sur la question. «Les gens ne voulaient plus parler de Jean-Léon et de Josianne», se remémore Philippe Moline. «Ils étaient bloqués. Toute cette histoire de l'Ordre du temple solaire est devenue "taboue". Si nos souvenirs sont bons, Jean-Léon est décédé au Canada et Josianne a perdu la vie en Suisse, tous les deux dans les massacres collectifs».

«L'abbé Moline sera le seul à détecter de manière précoce ce comportement sectaire chez Luc Jouret», est-il même écrit dans un ouvrage de 350 pages publié en 1996 et intitulé «Les chevaliers de la mort - Enquête et révélations sur l'Ordre du temple solaire». «D'autres connaissances qui fréquentaient également "La Source" ont été à deux doigts de basculer dans la secte», nous indique encore Philippe Moline. «À l'époque Gilles Bouleau, devenu depuis présentateur du JT de TF1, est même venu ici à Warnach nous interviewer sur la question».

(Frédéric Lambert / L’essentiel)

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