Villes assiégées – Avoir ses règles, véritable cauchemar en Syrie

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Villes assiégéesAvoir ses règles, véritable cauchemar en Syrie

En Syrie, beaucoup de femmes appréhendent la venue de leurs règles. Moins pour la douleur qu'en raison du manque de serviettes hygiéniques et d'eau dans les villes assiégées.

L'Unicef a distribué cette année environ 840 000 serviettes périodiques dans les zones assiégées alors qu'il faudrait en principe 10 millions de serviettes par an.

L'Unicef a distribué cette année environ 840 000 serviettes périodiques dans les zones assiégées alors qu'il faudrait en principe 10 millions de serviettes par an.

AFP

«Quand les produits d'hygiène féminine se sont raréfiés en 2012, c'est devenu très difficile pour moi», raconte Houda, résidente de Saqba, une ville tenue par les rebelles syriens dans la plaine de la Ghouta, près de Damas. Depuis 2013, Saqba est coupée du monde, assiégée par les forces du président Bachar el-Assad et régulièrement bombardée. Houda, comme d'autres femmes de villes assiégées qui ont parlé à l'AFP par téléphone, préfère utiliser un pseudonyme, évoquer ouvertement le cycle menstruel étant généralement tabou en Syrie.

«J'ai dû utiliser de vieux habits (en guise de protection). Mais j'ai commencé à avoir des infections, alors j'ai décidé d'acheter quelques serviettes hygiéniques seulement et de n'en utiliser qu'une par jour pour ne pas les épuiser trop vite», confie cette jeune femme de 23 ans. Mais leur réutilisation a entraîné des mycoses, des douleurs au rein et des infections vaginales et urinaires. «J'essaie de me soigner mais c'est long», dit-elle, car elle ne peut se permettre financièrement d'acheter les bons médicaments.

Recours aux méthodes traditionnelles

Dans la Syrie en guerre, plus de 860 000 personnes vivent dans des localités soumises à un siège. L'accès à la nourriture, à l'eau, au fioul pour se chauffer ou s'éclairer ainsi qu'à d'autres denrées essentielles est une lutte quotidienne. Pour les femmes, il est encore plus ardu de trouver des protections hygiéniques et de l'eau propre. Les serviettes périodiques font partie des kits sanitaires distribués par les organisations humanitaires aux villes assiégées, mais en quantité nettement insuffisante.

L'Unicef affirme avoir distribué cette année 84 000 paquets de 10 serviettes chacune dans ces zones, contre 17 000 en 2015. Si un tiers seulement des 860 000 habitants assiégés étaient des femmes en âge d'avoir leurs règles, il faudrait en principe 10 millions de serviettes par an, soit au minimum un million de paquets pour satisfaire les besoins.

À la tête d'un centre d'aide aux femmes de la Ghouta orientale, une région rebelle située à l'est de Damas, Laila Bakry confirme que se procurer des serviettes est très difficile et que leur prix est exorbitant. Beaucoup de femmes en sont réduites à ce qu'elles appellent pudiquement la «méthode traditionnelle», à savoir l'utilisation de chiffons. Mais elles ne sont pas au bout de leurs peines car elles doivent les laver et «souvent il n'y a pas d'eau, et quand il y en a, il est difficile de la faire bouillir faute de fioul ou d'électricité».

(L'essentiel/AFP)

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