États-Unis: Biden fait le pari osé de rester en retrait de la bataille sur les armes à feu
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États-UnisBiden fait le pari osé de rester en retrait de la bataille sur les armes à feu

Le président américain est attendu ce dimanche à Uvalde, où il doit s’adresser aux proches des victimes de la tuerie, alors que le débat sur l’accessibilité des armes fait rage aux États-Unis.

Si Joe Biden est réticent à l’idée de se jeter dans la bataille sur les armes, c’est notamment parce qu’il craint que son impopularité actuelle n’influence négativement le Congrès alors qu’il essaie de faire passer un projet de loi sur le sujet.

Si Joe Biden est réticent à l’idée de se jeter dans la bataille sur les armes, c’est notamment parce qu’il craint que son impopularité actuelle n’influence négativement le Congrès alors qu’il essaie de faire passer un projet de loi sur le sujet.

REUTERS

Ce dimanche, l’empathique Joe Biden saura certainement trouver les mots face aux familles des 19 écoliers et 2 enseignantes tués à Uvalde, où il est attendu avec son épouse Jill. Malgré la tuerie, le président américain reste jusqu’ici en retrait de la bataille politique sur les armes à feu, pariant sur une mobilisation parlementaire pourtant loin d’être acquise. Des réticences qui tiennent un peu à sa personnalité et beaucoup à sa stratégie.

Joe Biden, 79 ans, est un émotif, un père deux fois endeuillé – mais pas par la faute des armes à feu: il a perdu une fille encore bébé dans un accident de voiture, et un fils adulte suite à un cancer. Si le chef de l’État privilégie pour l’heure le registre de l’émotion et de l’interpellation – «Quand pour l’amour de Dieu allons-nous affronter le lobby des armes?» s’était-il écrié mardi – c’est aussi par calcul politique. Ancien sénateur, attaché au pouvoir parlementaire, il veut que le Congrès vote un projet de loi qui généraliserait l’examen des antécédents psychiatriques et judiciaires des acheteurs d’armes, tout en interdisant les fusils d’assaut et l’achat massif de munitions.

La tuerie d’Uvalde a replongé l’Amérique dans un cauchemar chronique. Joe Biden s’est dit «fatigué» et écœuré».

Une forte implication serait contreproductive

«Nous avons fait ce que nous pouvions. (…) Mais là tout de suite, nous avons besoin de l’aide du Congrès», a dit jeudi la porte-parole de l’exécutif Karine Jean-Pierre. La Maison-Blanche estime qu’une forte implication de Joe Biden, au moment où il est très impopulaire dans les sondages, perturberait plus qu’autre chose un processus législatif déjà acrobatique.

Les démocrates, qui soutiennent le projet de loi, ont impérativement besoin de convaincre une poignée d’élus républicains, en raison de règles de majorité qualifiée. Joe Biden s’est d’ailleurs jusqu’ici abstenu de critiquer ouvertement l’opposition républicaine, majoritairement hostile à toute réforme. Et dont certains membres font campagne pour les élections législatives de novembre sur leur attachement aux armes à feu.

L’exécutif américain fait aussi valoir qu’une loi fédérale aurait bien plus d’impact que des décrets présidentiels ne s’imposant pas à tous les États américains et ne pouvant réguler qu’à la marge. Mais plusieurs groupes militant pour une régulation des armes à feu estiment, sans douter des convictions du président, qu’il doit s’impliquer davantage. Igor Volsky, directeur de l’organisation Guns Down America, juge ainsi sur Twitter que le président pourrait créer à la Maison-Blanche une agence spécialement dédiée aux armes à feu, sillonner le pays pour rencontrer des communautés touchées, recevoir des activistes et faire pression personnellement sur des parlementaires. «Ce serait le strict minimum», écrit-il.

Beaucoup d’émotion mais aucune action?

Les associations craignent que les États-Unis ne retombent dans le scénario devenu tristement familier après une fusillade de masse: une vague d’émotion qui retombe avant de se transformer en réelle pression politique, susceptible de déboucher sur des réformes significatives. Le choc causé par le massacre à l’école d’Uvalde n’a en tout cas pas suffi à interrompre la routine institutionnelle. Le Congrès a ainsi suspendu ses travaux et les parlementaires se sont éparpillés dans leurs circonscriptions pour une pause de dix jours, prévue de longue date.

Depuis 2007, les États-Unis ont connu pas moins de 10 tueries dans des établissements scolaires.

(AFP)

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