Entre 1941 et 1943: Ce couvent d'où ont été déportés 300 juifs du Luxembourg

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Entre 1941 et 1943Ce couvent d'où ont été déportés 300 juifs du Luxembourg

TROISVIERGES – Ce dimanche 3 juillet à 10h30, une cérémonie est organisée à l'ancien couvent de Cinqfontaines, qui a servi de lieu de transit avant la déportation de la communauté juive du pays dès 1941. Retour sur un pan d'histoire.

par
Nicolas Chauty
Le couvent dans les années 1930.

Le couvent dans les années 1930.

Comité Auschwitz

Implanté là, au milieu de la nature du nord du Luxembourg, à quelques centaines de mètres au sud de Troisvierges, le couvent de Cinqfontaines, fondé en 1906, est toujours debout. Dans un bon état, qui trahit plus d'un siècle d'histoire pourtant mouvementée. Le site aux racines religieuses reste surtout aujourd'hui l'un des symboles de la déportation et plus largement de la Shoah au Grand-Duché. Les prêtres alors présents depuis 35 ans ont été chassés du site et expropriés par l'administration nazie, anticléricale, en 1941. Le couvent devient alors, officiellement, une «Maison de retraite juive», en réalité un lieu de passage pour la communauté juive du Luxembourg avant transfert vers les ghettos et camps de concentration de l'est de l'Europe.

Si l'on exclut les membres de la communauté qui avaient pu fuir le pays avant 1941, environ 750 personnes de religion juive étaient encore présentes à ce moment-là au Luxembourg. Environ la moitié d'entre elles, chassées de leurs logements, passeront par le couvent de Cinqfontaines entre 1941 et 1943. «En majorité des personnes d'un certain âge, mais aussi des enfants et des adolescents», explique Marc Schoentgen, du Comité Auschwitz Luxembourg. Le couvent, conçu à l'origine pour 45 personnes, a accueilli par moments jusqu'à 150 déplacés en même temps.

Scène de déportation.

Scène de déportation.

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Une évasion et 20 rescapés

«Certains y restaient quelques jours, d'autres y sont restés jusqu'en 1943 avant d'être déportés», raconte M. Schoentgen. Le premier convoi a emmené une vingtaine de personnes de Cinqfontaines vers Luxembourg-Ville, où ils ont pris un train vers la mort en octobre 1941. Suivront d'autres convois, réguliers, jusqu'au dernier en 1943: «Les Allemands ont alors décidé de fermer le site, il n'y avait plus de juifs». Près de 80 ans plus tard, on sait qu'une personne a réussi à s'évader du couvent avant sa déportation, «pour se réfugier ensuite à Bruxelles». Marc Schoentgen glisse que sur les 300 juifs passés par le lieu en deux ans, une vingtaine seulement ont survécu aux camps et sont revenus.

Le Comité Auschwitz Luxembourg est la mémoire du site, sur lequel un monument a été érigé en 1969 pour «commémorer toutes les victimes juives de la Seconde Guerre mondiale». Ce dimanche 3 juillet à partir de 10h30, une cérémonie aura lieu sur place en présence, entre autres, du Grand Rabbin, de la ministre de la Famille Corinne Cahen, ou encore du Cardinal Hollerich. Des familles de victimes sont également conviées. Un travail de mémoire d'autant plus précieux dans le contexte actuel. «C'était l'antichambre de la mort», note Marc Schoentgen.

Au 1er janvier dernier, la gestion du couvent de Cinqfontaines a été reprise par l'État via le ministère de la Famille. L'occasion d'accroître les moyens pour en faire un centre éducatif et commémoratif. D'ores et déjà des groupes sont accueillis, des visites et ateliers organisés, et des travaux sont prévus pour y ajouter de l'hébergement et donner au site l'envergure culturelle qu'il mérite. «Pour ne pas oublier, au delà des frontières du Luxembourg», précise le Comité Auschwitz.

Le couvent dans les années 1950/1960.

Le couvent dans les années 1950/1960.

Comité Auschwitz

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