Météo au Luxembourg – «Ce n'est pas facile de prévoir une tornade»
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Météo au Luxembourg«Ce n'est pas facile de prévoir une tornade»

LUXEMBOURG - Luca Mathias, spécialiste des tornades chez MeteoLux, en connaît un rayon sur la question. Il nous explique comment le phénomène est analysé et anticipé.

Prévoir de manière précise où se formera une tornade est compliqué pour les modèles opérationnels actuels.

Prévoir de manière précise où se formera une tornade est compliqué pour les modèles opérationnels actuels.

Personne n’a oublié la tornade qui a frappé le sud du Luxembourg, le 9 août 2019 et force est de constater que le phénomène n’épargne pas les régions proches du Grand-Duché. Le 19 juin dernier, au moins trois tornades ont ravagé la commune belge de Beauraing, au sud de Dinant, et pas plus tard que le dimanche 27 juin, une tornade a détruit une ferme dans la commune de Houffalize, à moins d’un kilomètre du Luxembourg.

«Le phénomène de tornade ne connaît pas les frontières», rappelle Luca Mathias, spécialiste de la question chez MeteoLux, «et celle aperçue dans la commune de Houffalize en Belgique, dimanche, aurait très bien pu se former, chez nous, où elle était visible depuis le nord-ouest du Grand-Duché. De nombreuses images sont d’ailleurs venues de là».

«Ce n'est pas facile de prévoir une tornade»

En 2021, avec les modèles météorologiques actuels, sommes-nous en mesure de prévoir les tornades? «Il est possible de prévoir un risque régional», indique Luca Mathias. «Mais prévoir qu’une tornade frappe une région à une heure précise, ce n’est pas possible. Avec les données radars, cela reste compliqué de prévoir une tornade pour une localité en particulier».

«Concernant la tornade qui est apparue, le dimanche 27 juin, tout près de la frontière avec le Grand-Duché, ce n’était pas aussi clair que lors du 19 juin à Beauraing. C’était vraiment une situation plus délicate. Sur le massif ardennais et au nord du Luxembourg, on avait un vent d’est près du sol, alors que plus haut, soufflait un vent du sud. Certains modèles avaient prévu le changement de direction avec la hauteur, d’autres modèles non. Plusieurs facteurs étaient incertains, dimanche, et ce n’était donc pas si facile de prévoir cette tornade».

«Les tornades restent un sujet délicat »

Peut-on parler désormais d’un phénomène récurrent à cette période-ci de l’année? «Par rapport aux changements climatiques», tempère Luca Mathias, «on ne peut pas encore dire si ce sera plus ou moins fréquent. Grâce aux données complètes dont nous disposons depuis le début des années 2000, on peut dire qu’il y a entre 200 et 400 tornades au-dessus du sol en Europe. En moyenne et par an. Mais cela reste un phénomène aléatoire au point qu’en 2020, en Grande Région, par exemple, il n’y a eu aucune tornade».

L’été va-t-il devenir, à moyen terme, la saison des tornades? «Au regard des statistiques européennes», souligne Luca Mathias, «on voit que les tornades apparaissent entre les mois de mai et de septembre. Avec un pic au mois de juillet. Une tornade apparaît généralement en Europe lors de la saison des orages». Au point de lancer une alerte dans les bulletins météorologiques? «C’est encore un sujet délicat au sein de tous les services météo en Europe, conclut Luca Mathias. «On n’a pas encore la même sensibilité par rapport aux États-Unis. Dans 10 ou 20 ans, on écrira peut-être les risques de tornades dans les bulletins».

(Frédéric Lambert / L'essentiel )

Des normes adaptées?

Face aux risques accrus de tornade, faut-il, par la même occasion adapter les normes au niveau de la construction pour une meilleure résistance? «Je ne suis pas un expert en construction», indique avec humilité Luca Mathias, «mais en Europe, les normes sont déjà bien plus élevées qu’aux États-Unis. Face à la tornade de 2019 qui a sévi dans le sud du Luxembourg avec des vents de 240 km/heure, élever nos normes actuelles de résistance ne changera pas grand-chose».

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