Psycho – Ces moqueries qui obsèdent

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PsychoCes moqueries qui obsèdent

Les personnes qui pâtissent du rire des autres souffrent de gélotophobie. Des études suisses veulent mieux comprendre ce phénomène.

«Il suffit qu’un groupe éclate de rire dans le lieu et le gélotophobe le prend personnellement».

«Il suffit qu’un groupe éclate de rire dans le lieu et le gélotophobe le prend personnellement».

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Dès qu’il entend un rire, Paul se crispe. Il est persuadé que ces rires sont moqueurs et qu’ils sont dirigés contre lui. Paul souffre de gélotophobie. Pour lui, toutes les sortes de rires sont perçus négativement, ce qui peut provoquer une gêne dans la vie quotidienne. Un banal restaurant peut ainsi se transformer en enfer. «Il suffit qu’un groupe éclate de rire dans le lieu et le gélotophobe le prend personnellement, explique le Dr René Proyer. Ce chercheur à l’Institut de psychologie de Zurich (Suisse) se rappelle d’un cas où le gélotophobe a confronté ces personnes en leur demandant pourquoi elles se moquaient de lui. Un comportement qui peut paraître bizarre et créer un malaise.

Le psychothérapeute allemand, Michael Titze, a été le premier à nommer ce trouble, en 1995. Mais ce sont les Suisses qui font figure de pionniers dans l’étude du phénomène. À l’Université de Zurich, une équipe travaille sur la gélotophobie depuis 2008. L’Université de Lausanne (Suisse) s’est récemment associée à ces recherches. «Il s’agit d’un champ d’étude récent et relativement peu exploré, qui permet d’enquêter dans plusieurs directions», explique Gregory Zecca, doctorant. Pour le Professeur Giannakopoulos, chef du département santé mentale et psychiatrie aux hôpitaux universitaires de Genève, le fait d’avoir mis un terme scientifique sur cette pathologie n’a pas que des avantages. «Cela peut créer une nouvelle stigmatisation. Des personnes peuvent être mises de côté, avec une étiquette».

Aussi des accros au rire des autres

L’étude de la gélotophobie n’en étant encore qu’à ses balbutiements, il va falloir patienter avant de pouvoir expliquer les origines de ce trouble et trouver un traitement. «Une femme m’a appelé des États-Unis pour me dire qu’elle sauterait dans le premier avion pour la Suisse dès qu’on trouverait un moyen de la guérir», sourit le Dr Proyer.

La moquerie n’est pas forcément source d’angoisse. Des personnes cherchent même à la provoquer. Un concept lié à la notion de rire en société a été découvert, en marge de la gélotophobie: la «gélotophilie». Le «clown de classe» ou les personnes qui postent des vidéos embarrassantes d’elles-mêmes sur YouTube en font partie. Elles adorent qu’on se moque d’elles. Autre catégorie qui émerge des recherches: les «katagelasticistes», qui aiment rire des autres – le plus souvent sans avoir conscience de l’effet négatif de leurs moqueries. Ces découvertes ouvrent de nouveaux champs d’études sur la façon dont le rire est perçu par les individus.

L'essentiel Online avec Sandra Imsand

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