Affaires des écoutes – «C’est un abus de confiance»

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Affaires des écoutes«C’est un abus de confiance»

LUXEMBOURG - Jean-Claude Juncker a donné jeudi après-midi sa version des faits concernant l’affaire des écoutes illégales qui font suite à l’affaire «Bommeleeër».

Si de nombreuses révélations apparaissent aujourd’hui à la suite de la conférence de presse comme du brassage de vent, certaines questions restent néanmoins ouvertes, notamment concernant les activités du SREL (Service de renseignement de l’État) avant la prise de fonction de Jean-Claude Juncker en tant que Premier ministre. «Je sais bien que tout ne peut pas être rendu public, mais les services de renseignements ne sont pas un outil de répression. Je me sens responsable dans mon domaine de compétences pour veiller à la sécurité du pays. Mais quand il existe des menaces réelles, il est du ressort du service de renseignements de s’en préoccuper».

Concernant l’enregistrement de l’entretien que Jean-Claude Juncker avait eu avec l’ancien chef du SERL, Marco Mille, le Premier ministre se sent d’abord victime: «C’est un abus de confiance. Mais Marco Mille m’a exposé les raisons qui l’ont poussé à enregistrer notre échange». L’ancien chef du SREL aurait été motivé par des dysfonctionnements de ses services, qu’il voulait mettre à jour en enregistrant son entretien avec Jean-Claude Juncker. «Je ne peux pas exclure qu’il y ait eu d’autres initiatives individuelles similaires de la part de certains membres du SERL avant ma prise de fonction», a résumé le Premier ministre. Jean-Claude Juncker n’a pas souhaité détailler ce volet de la question, mais a insisté sur le fait qu’il faisait aujourd’hui entière confiance au nouveau directeur du service, et ses collaborateurs. De nombreuses procédures internes au service ont été revues, notamment concernant la règlementation du port d’armes et des moyens financiers mis à disposition des agents.

Le CD codé

Jean-Claude Juncker a ensuite vivement réagi concernant les spéculations autour de l’enregistrement d’un entretien avec le Grand-Duc Henri, que le Premier ministre n’a pas hésité à qualifier «de sommet du crétinisme». «Je n’ai pas placé le Grand-Duc sur écoute, et le Grand-Duc ne me place pas sur écoute non plus. Quand nous avons des choses à nous dire, nous nous parlons directement». Le Premier ministre ne veut pourtant pas exclure que le Grand-Duc était placé sur écoute: «Il faudra attendre ce que nous révèlent des services de renseignements étrangers, qui sont en train de décoder le CD. Ceci est nécessaire, ne serait-ce que pour vérifier que ce CD n’est pas un leurre».

Pour le Premier ministre il y a plusieurs possibilités: «Soit l’enregistrement a été réellement réalisé, et ce serait grave. Soit il a juste été affirmé qu‘il existe un enregistrement et alors il est du ressort du SERL de vérifier cette information». Dans ce contexte le Premier ministre a affirmé qu’il pesait des menaces réelles sur le Grand-Duc en 2005, et que le Palais avait en conséquence été placé sous un dispositif permettant d'identifier les appels. Une mesure qui aurait pris fin en mars 2005.

Fiches de renseignements sur la population luxembourgeoise

Le Premier ministre a également vivement réagi aux suppositions de certains médias que plus de 300 000 luxembourgeois étaient fichés par les services de renseignements qui auraient procédé à une veille systématique des partis d’opposition «J’ai interdit que soit procédé à ce que l'on peut appeler un espionnage politique. Je l’ai interdit». Dans certains cas, une surveillance de personnes à cause de leur orientation politique a eu sous Pierre Werner, Gaston Thorn et Jacques Santer, même si Jean-Claude Juncker n’a pas souhaité entrer dans le détail sur ce point. «Je suppose que le SREL surveillait certains contacts avec l’Union soviétique. Il ne faut pas oublier que nous étions en pleine guerre froide. Si un jour le KGB ouvre ses archives nous en saurons peut-être un peu plus».

Sur sa lancée Jean-Claude Juncker a également réfuté l’existence d’un fichage systématique de la population luxembourgeoise. «Les 300 000 fiches évoquées sont en fait des références à des microfilms, et il y en a tout au plus 150 000, dont 75% concernent des dossiers de personnes étrangères, qui auraient pu représenter une menace, mais qui ne se sont pour la plupart jamais présentées au Grand-Duché. Une procédure normale dans le cadre d’échanges d’informations entre services de renseignements. «Il est donc complètement faux d’affirmer que 300 000 Luxembourgeois sont fichés par nos services de renseignements».

Le Premier ministre s’est déclaré favorable à ce que des citoyens luxembourgeois, qui auraient été surveillés par le SERL à l’époque de ses prédécesseurs, puissent avoir accès à leur dossier. «À condition que des opérations courantes ne soient pas concernées». À la fin de la conférence de presse, Jean-Claude Juncker a rejoint les locaux de la police judiciaire où il devait être entendu en qualité de témoin sur ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui: «L’affaire des écoutes».

(Michel Thiel / L’essentiel Online)

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