#MeToo en Grèce – «Cette personne pouvait agresser d’autres enfants»
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#MeToo en Grèce«Cette personne pouvait agresser d’autres enfants»

Sofia Bekatorou, championne olympique de voile, a été violée par un responsable en 1998. En révélant cette affaire, la Grecque a provoqué une libération de la parole sur les violences sexuelles dans le pays.

Sofia Bekatorou, après avoir témoigné devant le procureur d’Athènes, le 20 janvier dernier.

Sofia Bekatorou, après avoir témoigné devant le procureur d’Athènes, le 20 janvier dernier.

REUTERS

«J’ai fait ce qu’il fallait, même si c’était tard», explique à l’AFP, Sofia Bekatorou, championne olympique de voile en 2004, qui, en témoignant sur les abus dont elle a été victime, a ouvert la voie au #MeToo grec.

Aujourd’hui âgée de 43 ans, Sofia Bekatorou a trouvé «la force» de «prendre la parole publiquement» et de témoigner devant le procureur d’Athènes, le 20 janvier, quand elle a «réalisé que d’autres personnes étaient en danger». C’était «l’élément déclencheur», confie-t-elle, «cette personne» pouvait «agresser d’autres enfants». La double médaillée olympique de voile (or en 2004 en 470, bronze en 2008 en Yngling) a révélé avoir subi «harcèlement sexuel et abus» dans une chambre d’hôtel, en 1998, alors qu’elle se préparait pour les JO 2000 de Sydney.

Démission

À la suite de ses accusations, la Fédération grecque de voile a demandé la démission immédiate de son vice-président Aristeidis Adamopoulos, accusé par Bekatorou. Devenue le symbole du mouvement #MeToo en Grèce, la championne avait attendu d’être «prête à parler» pour «mettre fin aux stéréotypes de la société» grecque. «Il faut comprendre que le sport est une extension de la société», souligne-t-elle. Car en Grèce «les conditions sont plus compliquées pour les femmes».

En révélant son viol, la sportive a provoqué une libération de la parole sur les violences sexuelles en Grèce. Trois ans après la naissance du mouvement #MeToo aux États-Unis, les langues se sont déliées chez les sportives, les étudiantes, les journalistes et les actrices. Parmi les principaux accusés, l’ancien directeur du Théâtre National, Dimitris Lignadis, placé en détention pour viols sur mineurs.

«Une grosse ampleur»

«Ça a pris une grosse ampleur très vite», s’exclame-t-elle. «Je suis heureuse car beaucoup de personnes s’expriment publiquement, parlent des agressions subies et se tournent vers les autorités», se félicite Sofia Bekatorou. Car «rapporter une médaille d’or à ton pays (...) c’était grand, mais ça n’a pas duré longtemps. Alors que ce changement, je l’espère, durera et protégera aussi les générations futures».

«Malheureusement» en Grèce, «nous ne sommes pas des leaders en matière de féminisme ou d’égalité des genres», déplore-t-elle. «Nous avons beaucoup de progrès à faire pour que des femmes assument des postes importants et montrent la voie», assure Sofia Bekatorou, se félicitant toutefois qu’une femme soit actuellement présidente de la République. En 2020, la Grèce était en queue de peloton dans l’Union européenne en matière de parité, selon l’Institut Européen pour l’Égalité des Genres (EIGE).

«Briser le silence»

Et neuf Grecques sur dix ont subi une agression sexuelle dans leur environnement professionnel, selon une étude de l’ONG ActionAid publiée fin 2020. «C’est malheureux de devoir jouer les héros pour rapporter une agression sexuelle», fustige la championne olympique. «Nos lois doivent changer et notre société avec, pour protéger les victimes et non les violeurs», clame la championne de voile qui a participé aux JO à quatre reprises (2000, 2004, 2008, 2016).

Le gouvernement conservateur du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a annoncé jeudi une série de mesures allant du durcissement des peines pour les agresseurs sexuels au rallongement du délai de prescription pour les agressions sur mineurs. Une plateforme numérique et des lignes téléphoniques ont été créées pour «briser le silence».

Poursuivre le combat

Mère de deux enfants, Sofia Bekatorou a renoncé à participer aux qualifications pour les Jeux olympiques de Tokyo. Mais la quadruple championne du monde et double championne d’Europe, première femme à devenir porte-drapeau de la Grèce, lors des JO 2016 de Rio, peut ajouter une ligne à son palmarès: initiatrice du mouvement #MeToo en Grèce.

Elle ne sait pas encore comment, mais elle assure vouloir poursuivre son engagement pour lutter contre les violences sexuelles. Peut-être au sein de programmes éducatifs envers les jeunes, s’appuyant sur sa formation universitaire en psychologie. «Essayer d’aider là où c’est nécessaire», résume Sofia Bekatorou, «pour que d’autres femmes puissent avoir des rêves».

(L'essentiel/AFP)

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