France – Comment Facebook a généré les «gilets jaunes»

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FranceComment Facebook a généré les «gilets jaunes»

Pour lutter contre les fake news, le réseau a changé son algorithme en mettant en avant les discussions de proximité. Une des raisons du succès du mouvement des «gilets jaunes».

Mis en cause lors de l'élection de Donald Trump à la Maison-Blanche pour ne pas avoir contenu le flot de fake news, Facebook a adapté son algorithme début janvier 2018. Le but? Mettre davantage en avant les publications d'amis, de voisins et de groupes d'intérêts au détriment des pages officielles des marques et des médias, par exemple. Et ce développement est indirectement à l'origine du mouvement social des «gilets jaunes».

Intitulée «En immersion numérique avec les Gilets jaunes», une étude de la Fondation Jean-Jaurès a analysé la constitution du mouvement et revient sur sa genèse. Fin mai 2018, Priscillia Ludosky, autoentrepreneuse dans la cosmétique, crée une pétition en ligne: «Pour une baisse des prix du carburant à la pompe!». Sans grand succès malgré ses relances sur Facebook à ses proches. Pendant tout l'été et jusqu'au début du mois d'octobre, son action reste anonyme. Jusqu'à un pari avec un média local début octobre: si elle atteint 1 500 signatures, elle aura droit à un article. Le 12, une info est publiée par La République de Seine-et-Marne et partagée sur le compte Facebook du journal connaissant un succès local.

Par le recentrage géographique de l'information, instauré par Facebook, Eric Drouet, qui habite à moins de 10 km de chez Priscillia Ludosky, tombe sur l'article et crée le même 12 octobre, avec un autre chauffeur de poids lourd, l'événement «Blocage national contre la hausse des carburants». Agendé le 17 novembre, il se révélera plus tard être l'acte I des «gilets jaunes». «Que Priscillia Ludosky et Eric Drouet, les deux internautes à l'initiative de la mobilisation en ligne, soient originaires du même département ne doit rien au hasard», écrit le journaliste à l'origine de l'étude numérique. Facebook a détecté «des intérêts communs et une proximité spatiale et les a mis en contact», détaille-t-il.

Ainsi, en moins de 10 jours, il s'est passé ceci, comme le résume BuzzFeed News: une pétition comptant moins de 1 500 abonnés fait l'objet d'une discussion dans un média local et est partagée sur Facebook. Grâce à un changement d'algorithme qui met désormais l'accent sur la proximité, l'article domine les conversations dans une petite ville de banlieue parisienne et deux hommes du même coin transforment ensuite la pétition en un événement sur Facebook. La viralité faisant le reste, la presse nationale s'empare de l'affaire le 22 octobre, et le mouvement après plus de deux mois, en est désormais à la préparation d'un acte X...

(L'essentiel/cga)

Plus rien au monde sauf... les «gilets jaunes»

L'étude de la Fondation Jean Jaurès s'est aussi intéressée au contenu Facebook des profils de deux leaders du mouvement, Eric Drouet et Maxime Nicolle. Ils ont effacé leurs publications antérieures au début de la mobilisation et donc de leur notoriété. L'auteur a cependant pu retracer certains des "likes" et commentaires laissés par Maxime Nicolle par le passé sur des pages Facebook ouvertes au public. Tous ou presque concerne le Front national et Marine Le Pen.

Il suffit de s'inscrire dans deux ou trois de leurs groupes Facebook pour le constater: dès lors que l'utilisateur y est admis, 80% de son fil d'actualité est désormais composé de publications issues de ces groupes. Plus rien d'autre ne semble exister dans le monde en dehors de l'actualité des «gilets jaunes», écrit encore l'auteur de l'étude.

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