Inflation au Luxembourg: «Crise sociale» ou «entreprises en difficulté»? Le nouvel index divise

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Inflation au Luxembourg«Crise sociale» ou «entreprises en difficulté»? Le nouvel index divise

LUXEMBOURG – Alors que le Statec prévoit une nouvelle tranche indiciaire à la fin de l'année, syndicats et patronat plaident chacun leur cause avant la tripartite qui se dessine.

par
Jérôme Wiss et Thomas Holzer
L'accord sur le report des tranches indiciaires et les compensations avait été signé le 31 mars.

L'accord sur le report des tranches indiciaires et les compensations avait été signé le 31 mars.

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Le Statec a prévu, mercredi, une nouvelle tranche indiciaire pour le quatrième trimestre 2022. Si les chiffres sont encore à affiner et confirmer début septembre, il semble désormais acquis qu'un nouvel index interviendra entre fin 2022 et début 2023. Reste à savoir s'il sera immédiatement appliqué sur les fiches de paye ou s'il sera reporté, comme celui du début de l'été qui n'entrera pas en vigueur avant l'an prochain.

Pour prendre cette décision, le gouvernement, les syndicats et le patronat devront à nouveau se rencontrer dans le cadre d'une tripartite, comme décidé après l'accord de mars dernier. À l'OGBL, on n'est pas surpris par cette nouvelle tranche d'index. «On savait depuis le début que les chiffres présentés lors de la tripartite ne tenaient pas la route», souffle Jean-Luc De Matteis, secrétaire central de l'OGBL. Les différents scénarios du State, avec une inflation jusqu'à 7,3%, montrent «un gros impact sur le pouvoir d'achat des gens. Les pâtes ont augmenté de 20%, l'huile de 30%, le mazout de 80%», énumère le syndicaliste. «On touche au plus profond le porte-monnaie des gens et on risque d'avoir de grosses pertes de pouvoir d'achat».

L'OGBL n'a pas signé l'accord en mars.

L'OGBL n'a pas signé l'accord en mars.

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Du coup, l'OGBL aborde la prochaine tripartite «comme la dernière. Il faut soutenir les ménages de manière absolue et ne pas toucher à l'index. L'index est juste un rattrapage de l'inflation, il faut aller plus loin», explique-t-il. Selon lui, «les entreprises n'ont pas de problème. Les sociétés pétrolières s'enrichissent, l'industrie et le bâtiment vont bien».

«On ne veut pas parler que de l'index»

Jean-Luc De Matteis, OGBL

Jean-Luc De Matteis espère que «la tripartite sera préparée par le gouvernement, cette fois. On ne veut pas parler que de l'index, mais discuter de tous les vrais problèmes. Impôts, logement… On peut financer des choses avec des barèmes d'impôt sur les gros salaires, plus d'impôts sur les sociétés…»

Au LCGB non plus, «cet index n'est pas une surprise, tout le monde s'était fait à l'idée», commente Patrick Dury, président du syndicat. Celui-ci ira aussi à la table des négociations avec les «mêmes priorités que la dernière fois: le pouvoir d'achat des salariés et la sauvegarde des emplois. Il ne faut pas que cette crise devienne une crise sociale».

Patrick Dury (LCGB)

Patrick Dury (LCGB)

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Mais la protection du pouvoir d'achat passe-t-elle forcément par l'application de l'index ou des compensations sont-elles possibles, comme les crédits d'impôt accordés à la place de la tranche estivale? «L'accord de la dernière fois était basé sur la solidarité, mais là je ne sais pas encore ce qui va être discuté la prochaine fois», poursuit Patrick Dury. «Nous avons d'autres revendications, comme l'adaptation du barème d'impôt, la libération du salaire minimum de l'impôt… On mise sur le soutien des petits et des moyens salaires».

«Le dialogue social est et reste un outil de crise important et une partie de notre success story. Le gouvernement ne laisse personne» au bord de la route, a de son côté réagi le Premier ministre, Xavier Bettel, sur Twitter. «Avec les partenaires sociaux, nous trouverons des solutions communes qui soulageront les personnes et les entreprises».

Du côté du patronat, l'heure est à la réflexion et aux analyses considérant «l'évolution de la situation et les nouveaux éléments», a réagi Jean-Paul Olinger. Le directeur de l'UEL rappelle que le scénario des nouvelles tranches indiciaires figure dans l'accord signé avec le gouvernement en avril dernier, et que celui-ci prévoit «décalage et compensations».

Jean-Paul Olinger (UEL).

Jean-Paul Olinger (UEL).

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M. Olinger insiste sur la nécessité d'envisager la situation économique de manière globale, sans oublier les risques qui pèsent sur les entreprises: «Tous les indicateurs économiques sont négatifs. L'inflation impacte également les sociétés. Si en plus elles doivent faire face à des dépenses salariales imprévues, certaines pourraient se retrouver en grande difficulté», conclut-il.

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