Bande dessinée – Dans l'enfer du goulag

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Bande dessinéeDans l'enfer du goulag

Après «La femme du magicien» et «Bouche du diable», Boucq et Charyn se retrouvent pour «Little Tulip».

Pavel, élève d'un maître-tatoueur, et Paul, tatoueur et portraitiste-robot pour la police américaine, sont les deux faces d'un même individu.

Pavel, élève d'un maître-tatoueur, et Paul, tatoueur et portraitiste-robot pour la police américaine, sont les deux faces d'un même individu.

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Jamais deux sans trois! C'est ce qu'ont dû penser le dessinateur François Boucq et le scénariste Jérôme Charyn. Longtemps après les cultissimes «La femme du magicien» (1986) et «Bouche du diable» (1990), voilà le duo de retour avec un nouveau pur chef- d'œuvre, «Little Tulip».

Emprisonné en même temps que ses parents, Pavel a découvert l’enfer du goulag à l'âge de 7 ans. Vite séparé des siens, il a dû apprendre à survivre seul. Et il a fini par bien comprendre les règles qui régissent cet univers. Violence permanente, incurie des gardiens, toute-puissance des chefs de gangs... le goulag est un enfer implacable. S'y adapter et s’endurcir ne suffit pas toujours. Grâce à ses talents de tatoueur, Pavel obtient la protection de Kiril la Baleine, le plus cruel des caïds. Mais s’allier avec le diable a toujours un prix...

Témoignages ébouriffants

«Dans un de mes romans, "La Lanterne verte", Staline envoyait quelqu'un au goulag. Je voulais que celui-ci apparaisse comme un microcosme de notre société, où les puissants prennent le pouvoir et où les faibles ne peuvent pas survivre», explique le scénariste, Jérôme Charyn. Quand il a évoqué une nouvelle collaboration avec ce dernier, le dessinateur François Boucq voulait créer une belle histoire qui toucherait au dessin. «Raconter le dessin par le dessin, l'itinéraire d'un homme dont le dessin est la vocation paraissait très intéressant».

Le récit aurait pu se dérouler durant une des guerres mondiales, il s'est reporté sur le goulag dont Soljenitsyne et Chalamov ont livré des témoignages ébouriffants. «J'ai découvert qu'un dessinateur, Baldaev, avait raconté en croquis sa vie au goulag dans "Gardien de camp - Tatouages et dessins du goulag". C'est dans cet univers que se déroule finalement notre histoire», dit François Boucq.

Entre passé et présent

Le dictateur Staline fit déporter des millions de personnes (NDLR: de 10 à 18) au goulag, lieu de travail forcé. Un enfer où les gardiens laissaient faire les criminels de toutes sortes. Si bien que les prisonniers politiques y étaient traités comme de véritables esclaves. Ils avaient une miche de pain de 300 grammes et de l'eau chaude pour aller travailler au dehors par -50 °C.

Pavel, élève d'un maître-tatoueur, et Paul, tatoueur et portraitiste-robot pour la police américaine, sont les deux faces d'un même individu. Pavel au goulag, Paul à New York, «Little Tulip» navigue entre le passé et le présent pour faire de cette histoire un petit chef-d'œuvre de la BD. Jamais deux sans trois! Boucq et Charyn ont bien fait de suivre le proverbe.

(Denis Berche/L'essentiel)

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