Au Luxembourg – Dans vos cheveux, 19 pesticides en moyenne

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Au LuxembourgDans vos cheveux, 19 pesticides en moyenne

LUXEMBOURG - Des scientifiques du LIH ont exploité l'analyse capillaire pour évaluer dans quelle mesure la population du Grand-Duché est exposée à 67 pesticides.

Chaque participant à l'étude avait des niveaux détectables d'au moins dix des produits chimiques analysés.

Chaque participant à l'étude avait des niveaux détectables d'au moins dix des produits chimiques analysés.

LIH

Peu d'études avaient jusqu'à présent évalué l'exposition de la population aux pesticides. Le Luxembourg Institute of Health (LIH) dévoile ce mercredi un chiffre concret: chaque résident compte en moyenne 19 polluants dans ses cheveux. Les scientifiques du LIH ont mesuré les concentrations de 34 pesticides persistants et 33 pesticides non persistants dans des échantillons de cheveux prélevés en 2007/2008, sur 497 adultes représentatifs de la population du Luxembourg. «Le passé industriel et manufacturier récent du Luxembourg ainsi que l'utilisation de pesticides dans les secteurs agricoles et non agricoles impliquent que la population générale était et reste exposée à une variété de produits chimiques organiques», constate l'Institut.

Dans le détail, les scientifiques ont détecté un total de 24 polluants organiques persistants et 29 pesticides non persistants dans les cheveux des participants à l'étude, dont 17 polluants relevés dans plus de la moitié des échantillons
et quatre présents dans chaque individu - à savoir le lindane, l'hexachlorobenzène, le p-nitrophénol et la
trifluraline. Des parties de la population sont-elles plus exposées que d'autres? Le Dr Brice Appenzeller note plutôt des différences dans le profil d'exposition entre les sous-groupes. «Par exemple, l’augmentation des concentrations de certains polluants avec l’indice de masse corporelle et/ou l’âge peut indiquer une accumulation de ces polluants (dits persistants) dans l’organisme, et notamment dans les tissus adipeux, explique-t-il. D’autre part, certaines différences entre les classes d’âge ou entre hommes et femmes peuvent parfois être liées à des différences d’exposition (par exemple liées à la profession, aux habitudes de vie…) ou à des préférences alimentaires différentes».

Exposés à des produits pourtant interdits

À noter que la production et l'utilisation de plusieurs de ces pesticides ont été interdites dans la plupart des pays européens au cours des dernières décennies, ce qui implique une exposition continue à ces contaminants en 2007/2008 dans la population étudiée, malgré les interdictions. «Cela est probablement dû à des facteurs tels que la persistance de ces produits chimiques dans l'environnement, leur diffusion progressive du sol et de la végétation et leur bioaccumulation dans la chaîne alimentaire, qui est considérée comme la principale voie d'exposition pour la population générale», explique le LIH. La consommation d'aliments importés de pays tiers avec des réglementations moins restrictives sur les pesticides pourrait également contribuer à cet aspect.

L'Institut prévoit de se servir des résultats de cette étude pour faire progresser la compréhension des répercussions d'une exposition chronique à une combinaison de polluants sur la santé de la population.

Les résultats de l'étude ont été publiés en avril dans la revue internationale «Environment International»

(ol/L'essentiel)

Pourquoi analyser des cheveux?

Le Luxembourg Institute of Health (LIH) a analysé des cheveux dans le cadre de l'étude, au lieu de matrices traditionnelles telles que le sang et l'urine. Pour quelle raison? «Les cheveux fournissent des informations sur l'exposition chronique aux produits chimiques sur plusieurs mois, contrairement aux fluides qui ne renseignent que sur l’exposition aux cours des quelques heures qui précèdent le prélèvement», explique le Dr Appenzeller.

La participation des personnes chauves n'a donc pas été possible dans cette étude. Le membre du LIH note cependant qu'il est possible de se tourner vers l’analyse d’autres «types de poils» (barbe, poils axillaires, etc…) dans certains contextes, comme c’est le cas en toxicologie médico-légale.

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