Portrait au Luxembourg – Des CFL à l’écriture de livres pour les enfants
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Portrait au LuxembourgDes CFL à l’écriture de livres pour les enfants

LUXEMBOURG - Scientifique, rêveur, Andy Steffen combine un emploi pointu aux chemins de fer et l’écriture de livres pour enfants en luxembourgeois. Portrait.

Chez ce scientifique de formation, l’attrait pour l’écriture «remonte à l’adolescence».

Chez ce scientifique de formation, l’attrait pour l’écriture «remonte à l’adolescence».

Dans les aiguillages de la vie, Andy Steffen (39 ans) a choisi une double voie. Superviseur du trafic aux CFL côté face, il est aussi auteur de livres pour enfants en luxembourgeois côté pile. Et pourtant, rien ne prédestinait celui qui se voyait embrasser la profession d’instituteur à cette double casquette originale: «enfant, l’univers des trains ne me passionnait pas particulièrement», tandis que «je n’étais pas du tout fervent de livres pour enfants étant jeune, j’étais plutôt accro aux bandes dessinées».

Chez ce scientifique de formation, l’attrait pour l’écriture «remonte à l’adolescence». Et si, à l’époque, de l’encre de sa plume naissaient «des poèmes sur la vie et la mort», le basculement vers le récit pour enfants s’est opéré «au moment de la naissance de ses trois filles», aujourd’hui âgées de 6, 8 et 10 ans, et au gré des lectures prodiguées avant la mise au lit.
Ainsi, en 2016, Andy publie «D’Sidoni Seel», l’histoire de Sidonie, un être extraordinaire, mi-fille, mi-cordage. Un premier opus qui en appelle un second, tout aussi richement illustré, cinq ans plus tard: «D’Ayla an de Mound», l’histoire d’Ayla, qui rêve d’aller vivre sur la Lune. À l’inverse du premier, plus léger, ce second ouvrage est, aux dires de l’auteur, «un livre difficile, destiné à être lu par les parents aux enfants, afin de créer un échange entre eux et susciter la réflexion».

Deux ans de travail

Et le «poète des CFL» ne compte pas s’arrêter là, puisque dans les cartons, est déjà préparé le récit tout en rimes inspiré de «La cigale et la fourmi» d’«un renard paresseux qui demande en vain l’assistance d’autres animaux». Si tout va bien, la parution est prévue «pour Pâques de l’année prochaine.» Comme pour l’histoire d’Ayla, les illustrations qui soutiennent le texte seront signées Samantha Stankiewicz. Un récit que l’auteur compte aussi décliner en pièce de théâtre à jouer dans les écoles. En plus de cette troisième production, l’auteur possède dans ses tiroirs les manuscrits de… trois romans: deux en allemand, «un policier plutôt brutal, mais philosophique quand même», «un roman fantastique autour de thèmes mythologiques pour adolescents» et le troisième, en luxembourgeois celui-ci, «met en scène cinq personnages que rien ne rapproche a priori, mais qui se retrouvent en un point de convergence».

Sachant que, de bout en bout, la finalisation d’un projet comme ceux de ses deux publications pour la jeunesse nécessite «deux ans de travail», Andy Steffen renvoie l’image d’un authentique stakhanoviste de la plume.
Pour Andy, le fait d’écrire en luxembourgeois se révèle «un aspect primordial de son œuvre. Car si beaucoup de gens parlent le luxembourgeois, peu sont capables de l’écrire correctement et de trouver les mots justes.» D’autant qu’il s’agit en l’espèce d’une veine pratiquement inexplorée, puisque «la production en matière de littérature enfantine est très rare» dans la langue de Michel Rodange. La visibilité s’en trouve donc accrue dans les rayons des librairies.

«Quand l’homme meurt, les histoires demeurent»

Les retours qu’Andy Steffen a obtenus de son public cible, à savoir les enfants de 6-12 ans eux-mêmes, notamment au cours de lectures publiques interactives comme celle qui est programmée ce vendredi à ciel ouvert à la Cité Bibliothèque, sont «dans la grande majorité plutôt positifs et enthousiastes». Désarçonnants aussi parfois, comme «cette question d’un enfant demandant pourquoi Sidoni ne coupe tout simplement pas ses longs cheveux», alors qu’ils sont le cœur de l’histoire.

Entre l’écriture et son emploi aux CFL, Andy établit des ponts… insoupçonnés. «Tout est strictement réglementé aux chemins de fer, rigoureusement précis. Un souci d’organisation qui m’est utile pour orchestrer le chaos de toutes les idées qui foisonnent dans mon esprit au moment d’écrire». À l’inverse, «la créativité qui sied à l’écriture peut me venir en aide pour dénicher une solution dans le cadre strict de mon univers professionnel.» Deux mondes certes toujours séparés pour l’instant dans la tête de l’auteur, qui n’exclut toutefois pas d’un jour coucher par écrit «la poésie du rail», cet univers fait de machines et de voyages.

Dans le futur, Andy Steffen «le cartésien» ne se voit «pas du tout se consacrer à temps plein à l’écriture». La tête bien vissée sur les épaules, le père de famille estime «qu’à partir du moment où il serait impératif de vraiment gagner de l’argent avec ses livres, la pression deviendrait étouffante au point que la passion et l’écriture naturelle s’évaporeraient». «C’est un hobby, que je suis super heureux de pratiquer, mais qui doit rester un simple hobby», ajoute-t-il.
Malgré tout, Andy Steffen «le poète» avoue qu’il «peut se perdre dans l’écriture, et même pleurer avec son personnage, ou entrer en sueur…». Lui-même se définit volontiers très simplement comme «une personne qui aime les histoires, toutes les histoires». Car, comme il se plaît à le répéter, «quand l’homme meurt, les histoires demeurent».

(L'essentiel/ Jean-François Collin)

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