Effets des antibiotiques – Des infections mineures risquent à nouveau de tuer

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Effets des antibiotiquesDes infections mineures risquent à nouveau de tuer

L'Organisation mondiale de la santé tire la sonnette d'alarme sur le mauvais usage que nous faisons des antibiotiques, cela les rend quasiment inefficaces...

Environ cinq millions de doses d'antibiotiques sont prescrites chaque année au Luxembourg.

Environ cinq millions de doses d'antibiotiques sont prescrites chaque année au Luxembourg.

Editpress

Des infections considérées aujourd'hui comme mineures risquent à nouveau de tuer si rien n'est fait globalement et de façon urgente pour lutter contre la résistance aux antibiotiques, a averti mercredi l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Un nouveau rapport alarmiste de l'OMS, le premier portant sur la résistance aux antimicrobiens à l'échelle mondiale, affirme que «cette grave menace n'est plus une prévision, mais bien une réalité dans chaque région du monde». Les antibiotiques sont considérés par l'OMS comme l'un des piliers de notre santé, nous permettant de vivre plus longtemps et en meilleure santé. Mais leur usage inapproprié les a rendus quasiment inefficaces en quelques décennies.

«A moins que les nombreux acteurs concernés agissent d'urgence, de manière coordonnée, le monde s'achemine vers une ère post-antibiotiques, où des infections courantes et des blessures mineures qui ont été soignées depuis des décennies pourraient à nouveau tuer», prévient le Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général de l'OMS pour la sécurité sanitaire. «Si nous ne prenons pas des mesures significatives pour mieux prévenir les infections mais aussi pour modifier la façon dont nous produisons, prescrivons et utilisons les antibiotiques, nous allons perdre petit à petit ces bénéfices pour la santé publique mondiale et les conséquences seront dévastatrices», affirme-t-il. Or «nous avons besoin de ces médicaments pour protéger les personnes les plus vulnérables», a-t-il souligné, citant les prématurés et les personnes atteintes d'un cancer.

Le rapport, qui se base sur les données provenant de 114 pays, note que la résistance existe pour de nombreux agents infectieux, mais il met l'accent sur la résistance aux antibiotiques de sept bactéries responsables de maladies graves courantes telles que les infections hématologiques (septicémie), les diarrhées, les pneumonies, les infections des voies urinaires et la gonorrhée (infection sexuellement transmissible).

La menace de l'E. coli

Parmi ses principales conclusions, l'OMS note que la résistance aux carbapénèmes, un traitement de dernier recours contre les infections potentiellement mortelles causées par une bactérie intestinale courante, Klebsiella pneumoniae (une cause majeure d'infections nosocomiales telles que la pneumonie, les infections hématologiques ou les infections contractées par les nouveau-nés et les patients des unités de soins intensifs) s'est propagée à toutes les régions du monde.

Les experts ont également constaté une forte résistance -- en particulier en Afrique, en Asie du Sud-Est, dans les Amériques et au Moyen-Orient -- de la bactérie E. coli aux céphalosporines et aux fluoroquinolones de troisième génération - deux types de médicaments antibactériens essentiels et largement utilisés. Dans les années 1980, lorsque les fluoroquinolones ont été introduits pour la première fois, la résistance était quasiment nulle: aujourd'hui le traitement est désormais inefficace pour plus de la moitié des patients dans de nombreuses parties du monde.

«Le risque de décès augmente»

L'OMS souligne aussi que l'échec du traitement de dernier recours contre la gonorrhée (plus d'un million de personnes sont infectées dans le monde chaque jour par cette infection sexuellement transmissible) - les céphalosporines de troisième génération - a été confirmé en Afrique du Sud, en Australie, en Autriche, au Canada, en France, au Japon, en Norvège, au Royaume-Uni, en Slovénie et en Suède. Par ailleurs, les infections au staphylocoque doré (aureus) résistantes à la méthicilline atteignent 90% des cas dans certains endroits de la région des Amériques et 60% dans certains lieux en Europe.

Conséquence de cette résistance aux antimicrobiens, «les patients sont malades plus longtemps et le risque de décès augmente». Les personnes atteintes du staphylocoque doré résistant à la méthicilline ont par exemple un risque de décès 64% plus élevé que celles atteintes d'une forme non résistante de l'infection. Pour l'OMS, l'usage inapproprié des antimicrobiens est une des principales causes de résistance: dans les pays pauvres les doses administrées sont trop faibles et dans les pays riches leur utilisation est au contraire excessive.

(L'essentiel/AFP)

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