Crise des migrants – Des Luxembourgeois dans la jungle de Calais

Publié

Crise des migrantsDes Luxembourgeois dans la jungle de Calais

LUXEMBOURG - Des élèves luxembourgeois scolarisés en Belgique ont passé deux jours dans le camp de réfugiés de Calais. Ils ont vécu une expérience hors du commun.

6 000 migrants s'amassent depuis des mois dans la «jungle de Calais». Sur une surface de 18ha, située à deux pas du port et du tunnel sous la manche, un camp de fortune abrite les migrants qui tentent de rejoindre le Royaume-Uni. Mi-octobre, des jeunes Luxembourgeois se sont rendus sur place. «Pour se forger notre propre opinion de la crise migratoire», précise d'emblée Bryan Gomez Montero, 18 ans et originaire de Steinfort. Avec leur classe de 5e technique sociale, une vingtaine d'élèves de l'Institut Notre-Dame d'Arlon (INDA) ont passé deux jours «dans une autre réalité, différente de la vision partagée par la plupart des médias».

«Les migrants que nous avons rencontrés n'avaient rien et personne n'était violent», souligne Gil Moreira, de Pétange. Du haut de ses 20 ans, le jeune homme d'origine portugaise reconnaît «avoir vécu une expérience unique». «Au Grand-Duché, tout ce que l'on veut est à portée de main. Eux, ils ont tout quitté et ils ont voulu partager tellement de choses avec nous». Parties de basket-ball, petits pas de danse immortalisés sur leur smartphone et autres repas, les jeunes Luxembourgeois sont rentrés au pays avec «une autre mentalité et l'impression d'avoir gagné en maturité».


«Ce ne sont pas des animaux»

Irony Costa a, elle aussi, 20 ans. Elle est née au Cap-Vert et vit depuis plusieurs années au Luxembourg. «Sur mon île natale, il y a aussi de la misère, mais les conditions climatiques sont nettement moins rudes à supporter», dit-elle. «J'ai vu des bébés de quelques mois. Et on nous a précisé que s'ils restaient là pendant l'hiver, ils ne survivraient pas. Aujourd'hui, je ne préfère pas imaginer la suite.»

Cette triste réalité résonne encore plus fort chez ceux qui ont été confrontés à l'exil par le passé. «Mes parents ont fui le Rwanda en 1994. Au moment du génocide», avoue Sven Kalisa, 19 ans, résident à Niederkorn. «J'ai eu de la chance de naître au Luxembourg, mais la crise des migrants me rappelle forcément l'histoire des miens. Il faut que les gens comprennent qu'à Calais, les réfugiés, ce ne sont pas des animaux. Ils méritent un meilleur traitement».

Rejoindre à tout prix le Royaume-Uni

Marie-Eve Dupont, une des professeurs de l'INDA qui a accompagné le groupe, souligne l'hospitalité de ceux qu'ils sont venus aider. «C'était même gênant de se faire inviter par des gens qui ont tout quitté pour un avenir meilleur», dit-elle. «Ce ne sont pas des touristes, ils font le maximum pour apprendre rapidement le français. Rester "présentable", "clean" est très important pour eux. Ils veulent garder leur dignité.»

Et surtout rejoindre à tout prix le Royaume-Uni. «Ils sont convaincus qu'ils traverseront la Manche», conclut-elle. «Ils n'ont pas quitté le Soudan, l'Érythrée, l'Irak, l'Égypte, l'Éthiopie ou encore l'Afghanistan pour rester bloqués à Calais dans ce qui ressemble à une décharge. Ils n'ont plus rien à perdre. Et ce n'est pas les compagnies de CRS et les barbelés tout autour du camp qui les arrêteront. Ils sont déterminés.»

(Frédéric Lambert/L'essentiel)

Ton opinion