Au péril de leur carrière – Des personnalités russes dénoncent la guerre

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Au péril de leur carrièreDes personnalités russes dénoncent la guerre

À l'unisson des artistes du monde entier, qui ont condamné la guerre livrée à l'Ukraine, des célébrités russes ont appelé, au péril de leur carrière, à la paix entre les deux pays.

Ivan Urgant, Oxxxymiron et Elena Tchernenko ont affiché leur opposition à la guerre.

Ivan Urgant, Oxxxymiron et Elena Tchernenko ont affiché leur opposition à la guerre.

«Peur et douleur. Non à la guerre», a publié sur Instagram, Ivan Urgant, le roi habituellement souriant des programmes télévisés de fin de soirée en Russie. Oxxxymiron, le rappeur le plus populaire du pays, s'est déclaré, dans une vidéo enflammée, «contre cette guerre que la Russie déclenche contre l'Ukraine», «une catastrophe et un crime». «Il ne peut pas y avoir de guerre juste. Non à la guerre!», a réagi sur Instagram, le comédien Maxime Galkine.

Yan Nepomniachtchi, le joueur d'échecs le mieux classé de Russie a de son côté tweeté, le jour de l'intervention russe: «L'histoire a connu de nombreux jeudis noirs. Mais aujourd'hui est plus sombre que les autres». La correspondante Elena Tchernenko de Kommersant - un quotidien considéré comme étant proche du pouvoir - a elle organisé une pétition contre la guerre, signée par une centaine de personnes.

La situation diffère sensiblement de 2014, quand la Russie avait annexé la péninsule ukrainienne de Crimée. Des centaines d'artistes - mais pas tous - avaient alors accepté de signer une pétition organisée par le ministère de la Culture, pour soutenir l'opération. Cette fois le soutien affiché, malgré la pression ambiante, est bien plus fragile. Jeudi, des milliers de Russes ont manifesté quelques heures après l'invasion de leur voisin occidental, dont 1 800 ont été arrêtés par Moscou, selon le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme.

Émission déprogrammée et accréditation retirée

Les stars nationales n'ont pas franchi la ligne rouge: le nom du président russe Vladimir Poutine, qui a décidé de cette guerre, n'a pas été directement mentionné. Mais cela n'a pas empêché le show d'Ivan Urgant d'être déprogrammé vendredi, officiellement pour des changements de grille liés à la situation actuelle, a indiqué la chaîne publique Pervy Kanal, qui l'emploie, à l'agence Interfax. La journaliste Elena Tchernenko s'est, elle, vu retirer son accréditation au ministère des Affaires étrangères, pour «manque de professionnalisme», a-t-elle relaté sur Telegram.

Moins menacées, les célébrités planétaires ont pris à une écrasante majorité le parti de l'Ukraine. L'acteur et réalisateur américain Sean Penn se trouve à Kiev, où il est venu tourner un documentaire pour «dire au monde la vérité sur l'invasion de notre pays par la Russie», a indiqué la présidence ukrainienne, qui loue son «courage». «Je suis aux côtés de l'Ukraine», a tweeté l'acteur Ashton Kutcher, dont la femme, l'actrice Mila Kunis, est née en Ukraine. Le romancier Stephen King s'est, lui, fendu d'une référence à une «cour de récréation»: «Il ne faut pas rester les bras croisés pendant qu'un grand enfant bat un plus petit».

«Laissez Vladimir tranquille», lance Depardieu

Ne pas se distancier de l'attaque de Poutine devient même problématique pour des artistes russes. Le célèbre chef d'orchestre, Valeri Guerguiev, connu pour ses liens chaleureux avec le Kremlin et pour un concert à Palmyre en Syrie avec les forces russes, a été soudainement écarté, jeudi, des concerts au Carnegie Hall de New York, où il devait diriger le Philharmonique de Vienne.

L'acteur français Gérard Depardieu n'a pas encore réagi, même s'il était visiblement moins inquiet, ces dernières semaines. Lui qui a pris la nationalité russe en 2013, a publié mi-février sur Instagram une photo (depuis effacée) de lui embrassant le président Poutine avec comme légende: «L'amitié». «Laissez Vladimir tranquille. De toute façon, on ne sait pas ce qui se passe. Et puis l'Ukraine a toujours été un problème avec la Russie», avait-il ajouté ensuite sur un plateau télévisé.

(L'essentiel/AFP)

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