Attaque de la gare de Kramatorsk – Des trainées de sang, des débris et des corps éparpillés

Publié

Attaque de la gare de KramatorskDes trainées de sang, des débris et des corps éparpillés

Au moins 50 personnes dont cinq enfants ont été tuées dans l'attaque au missile vendredi sur la gare de Kramatorsk, dans l'est de l'Ukraine.

EDITORS NOTE: Graphic content / Personal belongings of victims and blood stained tarpaulins are seen on the platform in the aftermath of a rocket attack on the railway station in the eastern city of Kramatorsk, in the Donbass region on April 8, 2022. - More than 30 people were killed and over 100 injured in a rocket attack on a train station in Kramatorsk in eastern Ukraine on Friday, the head of the national railway company said. (Photo by Anatolii STEPANOV / AFP)

AFP

Le missile s'est abattu vers 10h30, à l'heure où les candidats à l'évacuation se regroupent depuis des jours par centaines: au moins 50 personnes ont été tuées vendredi, hachées par la mitraille, dans un bombardement sur la gare de Kramatorsk, dans l'Est de l'Ukraine.

En fin de matinée, un silence de mort règne sur la coquette gare au fronton de briques rouge et blanc, et sa grosse locomotive à vapeur des années 1930 installée sur la pelouse du rond-point où stationnent d'habitude taxis et familles des voyageurs.

Un pied arraché dans sa chaussure

Un coup d'oeil au parvis donne vite une idée de l'ampleur de la tragédie: de longues trainées de sang, des bris de verre, des bagages abandonnés éparpillés partout.… Un sac à main en cuir, intact, est posé à deux pas d'un point d'impact qui a troué le béton, un pied arraché dans sa chaussure est encore visible sous un banc où patientaient les candidats au départ.

Au milieu des bris de verre, un policier ramasse ici et là dans un carton les téléphones sanguinolents, dont l'un sonne dans le vide. Ce qui vient de se passer est une boucherie. On ne peut s'empêcher d'imaginer les cris et l'horreur de la foule quand se sont abattus les shrapnels.

EDITORS NOTE: Graphic content / A Ukrainian police walks towards bodies covered wiht plastic sheets after a rocket attack killed at least 35 people on April 8, 2022 at a train station in Kramatorsk, eastern Ukraine, that was being used for civilian evacuations. (Photo by FADEL SENNA / AFP)

Des corps déchiquetés…

AFP

Les corps déchiquetés ou criblés d'éclats ont été rassemblés dans un coin du parvis, sous les auvents de petites boutiques où les voyageurs achètent d'habitude une boisson ou des cacahuètes avant de sauter dans le train.

Dans ce sinistre alignement, on comptabilise d'abord plus d'une trentaine de corps, dans les sacs mortuaires ou sous des bâches plastique verte. Le bilan montera à 50 morts A une main vieillie déjà blanchie par la mort, une botte de fourrure enfantine, une calvitie... on devine que les victimes sont de tout âge. La tente qui accueillait et abritait ordinairement les familles du froid ou de la pluie a été soufflée par l'explosion, sa bâche kaki découpée pour ramasser et couvrir les dépouilles.

Sous les ordres d'un médecin militaire, des soldats et policiers procèdent déjà péniblement à l'évacuation des corps à bord d'un camion mortuaire de l'armée. Certains sacs ne pèsent pas, deux hommes suffisent à les monter dans le fourgon, vraisemblablement un enfant ou des morceaux de corps.

Des milliers de personnes évacuées

A côté de tous ces corps sans vie alignés, un secouriste a déposé un chihuahua entouré d'un tissu noirci, hébété mais encore vivant, la mâchoire trouée par un éclat. L'animal attire tous les regards. Beaucoup des familles emportaient dans leur exode leurs animaux de compagnie. Le patron de la compagnie ferroviaire ukrainienne Ukrzaliznytsia, Oleksandre Kamychine, a dénoncé une «frappe délibérée».

Des milliers de personnes avaient été évacuées ces derniers jours par train depuis la gare de Kramatorsk, capitale du Donbass sous contrôle ukrainien et qui vit dans l'angoisse d'une offensive russe majeure et imminente. Pour l'armée russe pourtant, qui dénonce une provocation, «le but de la frappe orchestrée par le régime de Kiev (...) était d'empêcher le départ de la population» de Kramatorsk.

Ukrainian police inspect the remains of a large rocket with the words "for our children" in Russian next to the main building of a train station in Kramatorsk, eastern Ukraine, that was being used for civilian evacuations, that was hit by a rocket attack killing at least 35 people, on April 8, 2022. (Photo by FADEL SENNA / AFP)

Sur le missile est tagué en russe, à la peinture blanche, «Pour nos enfants».

AFP

Environ une heure avant la frappe, ils étaient déjà des dizaines de civils -personnes âgées, femmes et enfants- à faire la queue devant la gare.

Sur la pelouse du parvis devant la gare, un ruban de police interdit de s'approcher trop près des restes d'un imposant missile kaki tordu. «C'était un missile Tochka, une bombe à fragmentation», a affirmé à l'AFP un officier de police sur place: «Il explose en plusieurs endroits, sur une superficie de la taille d'un terrain de football». A en croire le sang sur le sol et les témoignages recueillis sur place, les victimes ont été fauchées en plusieurs endroits de la gare, sur le quai principal attenant et son parvis.

Sur le missile est tagué en russe, à la peinture blanche, «Pour nos enfants». Une sentence qui sonne comme une vengeance, expression récurrente des séparatistes pro-russes en référence à leurs enfants tués depuis la première guerre du Donbass, commencée en 2014.

(AFP)

Ton opinion

21 commentaires