Révolution dans les rues – Deux millions de manifestants au Caire

Publié

Révolution dans les ruesDeux millions de manifestants au Caire

Les manifestations d'opposition au pouvoir de Moubarak ont rassemblé mardi des centaines de milliers de personnes au Caire et dans plusieurs autres villes d'Egypte. Al Jazeera en dénombre même deux millions.

La foule a convergé en masse mardi vers la place Tharir du Caire, devenue l'épicentre de la révolte populaire qui a fait selon la haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Navi Pillay qui se base toutefois sur des informations non confirmées, 300 morts depuis le 25 janvier. Navi Pillay s'est déclarée «profondément alarmée par le nombre croissant des victimes» en Egypte, en proie à des manifestations sans précédent. Durant son live, la chaîne Al Jazeera a annoncé deux millions de personnes dans les rues.

«Le nombre de victimes augmente chaque jour et certaines informations non confirmées suggèrent que 300 personnes pourraient avoir été tuées, plus de 3000 personnes blessées et des centaines arrêtées» a-t-elle précisé, selon un communiqué. «Je demande instamment aux autorités égyptiennes de s'assurer que la police et les autres forces de sécurité évitent scrupuleusement l'usage de la force», a-t-elle ajouté. Relevant que le mouvement populaire en Egypte «s'est exprimé de manière courageuse et pacifique», la haut commissaire a exhorté les autorités égyptiennes à «écouter les demandes du peuple égyptien en faveur de réformes fondamentales pour améliorer les droits de l'homme et la démocratie».

Il faut, a-t-elle poursuivi, mener «une enquête complète sur le rôle des forces de sécurité dans les violences de ces derniers jours». «La population semble avoir clairement rejeté un système qui prive le peuple de ses droits fondamentaux et a commis de graves abus dont l'usage répandu d'actes de torture», a estimé Mme Pillay. En maintenant l'état d'urgence en vigueur depuis près de 30 ans dans le pays, les autorités égyptiennes «ont clairement démontré que les droits de l'homme n'étaient pas leur première préoccupation», a dit la responsable.

Les autorités tentent de bloquer les manifestants

Selon des responsables des services de sécurité, les autorités s'efforçaient mardi d'empêcher les manifestants de converger vers le Caire en suspendant tous les transports publics. Les trains ne circulaient pas pour la deuxième journée consécutive, et les dessertes par autocar ont été interrompues. Mais cela n'empêchait pas les manifestants d'affluer sur la grande place Tahrir, dans le centre de la capitale, survolée par des hélicoptères de l'armée et dont les accès étaient contrôlés par des blindés.

«Le peuple veut faire tomber le régime», «Dehors! Dehors! Dehors!», scandait la foule. «On ne bougera pas jusqu'à ce que Moubarak parte», promettait Mohammed Abdullah, un ingénieur de 27 ans. «Pour lui, c'est la fin. Il est temps», renchérissait Moussab Galal, un étudiant de 23 ans venu avec des amis en minibus de Menoufia, dans le nord de l'Egypte. «Il y a 120 élèves dans ma classe. Aucun professeur ne peut gérer ça», expliquait Samar Ahmad, une enseignante de 41 ans, précisant que son salaire mensuel ne dépassait pas l'équivalent de 50 euros. «Pour moi, le changement serait un meilleur système éducatif, qui garantisse à mes élèves une bonne vie après l'école».

Tamer Adly, chauffeur d'un des milliers de minibus transportant les banlieusards, disait lui sa lassitude devant la corruption de la police et les humiliations subies. Les policiers, ajoutait-il, arrêtent les chauffeurs pour exiger des déplacements gratuits ou les envoyer faire des courses. «Ils me forcent à partager mon repas avec eux, m'obligent à aller leur chercher le journal. Ce pays ne devrait pas être au service d'une seule personne». Des volontaires portant des brassards «Sécurité du peuple» disaient surveiller la foule pour empêcher l'intrusion d'agitateurs. «Nous jetterons dehors quiconque essaie de provoquer des troubles», annonçait un des membres du service d'ordre. Deux mannequins à l'effigie de Moubarak étaient pendus à des feux de circulation, avec l'inscription «nous voulons traduire en justice le président assassin»

(L'essentiel Online/ats/)

Des dizaines de milliers de personnes à Alexandrie

Les manifestants étaient rassemblées en début d'après-midi à Alexandrie au 8ème jour d'une révolte populaire réclamant le départ du président égyptien Hosni Moubarak, a constaté un journaliste.

Environ 50 000 personnes étaient réunie devant la mosquée Qaëd Ibrahim et la gare ferroviaire, dans le centre de la deuxième ville d'Egypte, alors que le mouvement de contestation avait appelé à une manifestation d'«un million de personnes» au Caire et à Alexandrie pour réclamer le départ du président.

Les manifestants arboraient des drapeaux égyptiens et scandaient des slogans appelant au départ de M. Moubarak. «Va-t-en saleté rejoindre Zine El Abidine (Ben Ali)», criaient-ils, en référence au président tunisien poussé à la fuite le 14 janvier sous la pression de la rue.

Les manifestants attendaient que d'autres les rejoignent pour marcher sur le front de mer, selon un organisateur.

Ton opinion