Burn out au travail – «Devait-on attendre que le Luxembourg légifère?»
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Burn out au travail«Devait-on attendre que le Luxembourg légifère?»

LUXEMBOURG - De 15 à 43% des salariés seraient concernés par le burn out au Grand-Duché. Mais la plupart attendent d'être considérés comme des victimes.

Les coûts de l'absentéisme lié au mobbing sont de 100 millions d'euros par an au Luxembourg.

Les coûts de l'absentéisme lié au mobbing sont de 100 millions d'euros par an au Luxembourg.

L'essentiel/Jonathan Vaucher

Plus de 15% des salariés ressentent un épuisement continuel au travail, selon le Quality of Work Index 2016. En 2005, dans une enquête de l’OGBL, un quart de la population estimait que le stress était trop élevé et 9 personnes sur 10 pensaient que ça n’irait pas en s’améliorant. Le burn out, reconnu comme «risque professionnel» en Belgique depuis 2014 et bientôt comme maladie du travail, va être reconnue en France aussi. Au Luxembourg, pas question d'en faire une «maladie professionnelle». «Ce n’est pas à l’ordre du jour. De plus, globalement, il y a une amélioration des conditions de travail au Luxembourg», explique le porte-parole de Nicolas Schmit, ministre du Travail, à L'essentiel. Pourtant, les différentes statistiques présentées par le gouvernement au Luxembourg ces dernières années évoquent jusqu’à 43% des salariés en situation de stress.

«Devait-on attendre que le gouvernement légifère? Nous avons décidé de prendre les devants», explique l’ASBL Association pour la Prévention et Gestion du Stress (APGS) basée au Luxembourg. Lancée fin 2016, elle opère aussi dans le secteur de Longwy et d’Arlon. «C’est un travail quotidien, avec des activités culturelles et physiques, pour remonter la pente. On complète les offres de prévention», détaille la bénévole Odette Sangaré, contactée par L'essentiel. Bien souvent, un burn out crée de nouveaux problèmes. «Quand on est 32 semaines en maladie, ça veut dire aussi qu’on perd son boulot, qu’on devient irritable avec ses proches, qu’on a des problèmes de libido…» Pour l’APGS, le travail ne s’arrête donc pas au curatif. «Déjà, certains médecins sont très mauvais en primo-diagnostic, mais ensuite que fait-on du malade? On lui donne du repos et des cachets. Ou on l’envoie chez le psy deux heures par semaine. Ou dans un hôpital psychiatrique, enfermé deux mois.»

«Des patients errent pendant des mois»

À son retour dans la société, en plus du mental, le patient doit retrouver physique et sociabilité, surtout s'il a été admis en hôpital et s'est senti enfermé pendant de longues semaines. «Les horaires des sorties autorisées par la CNS sont parfois un obstacle à cette reconstruction», affirme la bénévole. Sans compter les problèmes cardiaques ou moteurs liés au stress permanent et à la fatigue musculaire: «certains ont du mal à faire 500 mètres à pied, comment peuvent-ils avoir la force d'aller dans un centre de sport?» Pour répondre à ces questions, l'initiative de l'APGS propose des réponses «compatibles» à ces prérogatives, orientées autour des activités sportives, de self-defense, de yoga en lien avec professeurs de sport, thérapeutes, psychologues et sophrologues, ou encore des activités culturelles pour se «re-sociabiliser».

Un programme qui est notamment calé sur celui de la Klinik Berus, spécialisée en psychosomatique, près de Sarrelouis. «C’est une clinique ouverte, on peut y entrer et sortir, mais il n’y a qu’une trentaine de places», dit Odette Sangaré, qui reste confiante sur les bienfaits prévus du projet Sport-Santé lancé au Luxembourg fin novembre. «Ça commence à bouger mais on est loin du compte». En attendant, le burn out est classé comme «dépression» ou «psychose» dans la grille des maladies de la CNS. «Sauf que ce ne sont pas les bonnes maladies. Les gens que j’ai rencontrés errent des fois des mois sans comprendre le danger vital». De son côté, le ministère du Travail défend «des efforts dans le domaine de la santé au travail et la prévention des maladies».

(Jonathan Vaucher/L'essentiel)

Du mieux pour le mobbing

Évoquant le projet de loi sur le mobbing, actuellement remanié, et attendu pour le printemps, «il va donner une reconnaissance et une base légale aux victimes», dit le ministère du Travail. Un premier pas félicité par l'APGS mais aussi Mobbing asbl. Dans cette association, qui a vu ses contacts augmenter depuis 2002, on compte «ces dernières années entre 1 500 et 2 000 contacts, mais beaucoup attendent encore trop longtemps avant de faire des démarches. La peur de perdre l’emploi prédomine», explique la responsable Monique Breisch.

L'ASBL pourra désormais entrer dans l'entreprise et proposer une analyse contradictoire en consultant le harceleur. «Il est nécessaire que la victime soit respectée et qu'elle reçoive de l'aide pour être réintégrée dans un environnement sain en entreprise». Au Luxembourg, selon le Quality of Work Index 2016, plus de 15% des salariés auraient été exposés à du mobbing au travail. «Mais on ne compte qu'une dizaine de cas avérés par an, c'est très loin de la réalité, soupire Odette Sangaré de l'APGS. Cette loi est bonne, mais il y a encore du chemin».

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