Chercheuse au LISER: Du Kirghizistan au Luxembourg pour scanner notre système scolaire

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Chercheuse au LISERDu Kirghizistan au Luxembourg pour scanner notre système scolaire

LUXEMBOURG - Aigul Alieva est chercheuse au Luxembourg depuis une quinzaine d'années. Au LISER, elle étudie l'école grand-ducale et ses failles.

par
Jérôme Wiss
Aigul Alieva étudie le système scolaire luxembourgeois.

Aigul Alieva étudie le système scolaire luxembourgeois.

LISER

«La recherche est tellement chronophage, je ne trouve pas le temps de faire d'autres choses, comme du sport ou apprendre mieux le luxembourgeois», sourit Aigul Alieva. Pourtant, chercheuse au LISER (Luxembourg institute of socio-economic research) depuis 2007, elle jongle entre les langues, comme le système scolaire luxembourgeois qu'elle étudie. Née dans l'ancienne république soviétique du Kirghizistan, aujourd'hui État indépendant d'Asie centrale, elle commence son parcours en Occident du côté d'Édimbourg, en Écosse, où elle a étudié les sciences politiques, avant de s'orienter vers la Belgique et le Luxembourg.

Un passage en Allemagne pour un Phd lui permet de se plonger dans les systèmes éducatifs suisse et luxembourgeois. «Les deux ont des similitudes, avec beaucoup d'enfants migrants, dans des pays qui parlent plusieurs langues», explique la chercheuse. Elle se penche dans un premier temps sur cette difficile intégration des jeunes et enfants venus d'ailleurs. Puis, en 2007, elle débarque au LISER. Là, elle s'intéresse à «tous les aspects du système éducatif» luxembourgeois. Y compris ses lacunes.

«Pas bon pour un système éducatif»

Selon elle, trois groupes de facteurs affectent les performances des enfants. «Le Luxembourg étant un pays très riche, il y a une proportion de gens qui ont des revenus plus modestes», ce qui peut pénaliser les enfants. Ensuite, le système linguistique complique depuis longtemps la vie de bon nombre d'élèves. «Dans ce domaine, les différentes mesures du gouvernement, comme la multiplication des écoles internationales publiques, la diversification de l'offre… sont prometteuses». Il faudra encore un peu de temps pour en analyser les effets.

Autre lacune majeure de notre système éducatif, selon elle: «Après le primaire, les élèves passent un examen qui va décider de leur destin», en les envoyant dans une filière du secondaire. «Après, il est presque impossible de changer. Décider aussi tôt n'est pas très bon pour un système éducatif, c'est prouvé dans tous les pays qui le font. En Suède, ils ont abandonné ça dans les années 1970 et les inégalités sociales se sont estompées».

LISER

Pour se tenir à la page des dernières évolutions dans la recherche, Aigul Alieva peut bénéficier du programme de formation continue renforcé, sur lequel le LISER a insisté mardi à l'occasion de la présentation de son rapport annuel. «La recherche est un domaine très compétitif où tout change très vite», affirme le chercheuse. «On doit aussi savoir utiliser les médias sociaux, les médias… On a de gros besoins et de bonnes opportunités de formations, avec un catalogue qui augmente et la possibilité de demander des choses précises». En 2021, par exemple, la scientifique venue du Kirghizistan s'est perfectionnée dans le domaine de la protection des données. Prochaine étape: une formation sur les réseaux sociaux.

Un budget surtout consacré «à la force de recherche»

En 2021, le LISER a pu compter sur un de budget de quelque 24,6 millions d'euros, dont 57% provenaient de la dotation de l'État, selon le rapport annuel présenté mardi. Une part de plus en plus importante provient de fonds externes (43%). «La majeure partie de ce budget est consacrée à notre force de recherche», indique Véronique Hoffeld, présidente du conseil d'administration du LISER.

Avec la directrice générale, Aline Muller, elle a voulu mettre l'accent sur l'humain et, avant tout, les chercheurs, qui bénéficient de programmes de formation continue de plus en plus développés, pour permettre au LISER de rester compétitif. L'an dernier, 75% du budget a été consacré aux frais de personnel. Le LISER emploie environ 168 temps pleins, dont 68% sont des scientifiques.

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