Libye – «Effondrement» de Kadhafi sans Moussa Koussa

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Libye«Effondrement» de Kadhafi sans Moussa Koussa

La défection de Moussa Koussa, chef de la diplomatie libyenne et bras droit du colonel Mouammar Kadhafi, est à ce jour le coup le plus dur asséné au régime, et il pourrait précipiter sa chute.

Chef des services de renseignement de 1994 à 2009, Moussa Koussa, 59 ans, était un homme fort des comités révolutionnaires, épine dorsale du régime libyen, et un homme de confiance de Mouammar Kadhafi. Après avoir, deux décennies durant, incarné la face sombre du régime Kadhafi, ce Tripolitain, originaire du quartier rebelle de Tajoura, symbolisait ces dernières années l'ouverture.

L'ancien ambassadeur de la Libye à l'ONU, Abdelrahman Chalgham, qui avait annoncé sa défection lui aussi il y a quelques semaines, a qualifié M. Moussa de «boîte noire» du régime, qui renferme les secrets diplomatiques et militaires du colonel Kadhafi. M. Chalgham a affirmé dans une première réaction à la chaîne arabe Al-Arabiya que le malaise de M. Koussa datait d'avant l'insurrection en Libye.

«Il peut être très nuisible au régime»

En homme de renseignement, le ministre démissionnaire cultivait le secret et était toujours mal à l'aise avec la presse, ses déclarations se comptant sur les doigts de la main. «C'est la dernière personne que j'ai pensée capable de laisser tomber Kadhafi», a lancé un proche du régime à Tripoli. «Il peut être très nuisible au régime s'il fournit des informations aux occidentaux», a-t-il ajouté. Depuis le début de la révolution libyenne, M. Koussa n'a fait que de rares apparitions publiques, notamment pour recevoir un émissaire de l'Onu ou pour lire un bref communiqué devant la presse, laissant à son vice-minitre Khaled Kaaim le devant de la scène.

Mercredi soir, après l'annonce de la démission de M. Koussa à Londres, la tension était palpable à l'hôtel hébergeant la presse à Tripoli. Téléphone collé à son oreille, le porte-parole du régime, Moussa Ibrahim, n'a pas fait de commentaires. «Une annonce sera faite sous peu», a lancé un de ses collaborateurs aux journalistes qui ont dû attendre en vain jusqu'à une heure tardive de la nuit.

Londres prédit l'effondrement

La démission de M. Koussa «montre que le régime de Kadhafi, qui a déjà enregistré des défections significatives, est divisé, sous pression et s'effondre de l'intérieur», s'est félicité jeudi le chef de la diplomatie britannique William Hague. Il a précisé que l'ancien ministre libyen s'entretenait «de son plein gré» avec des responsables britanniques, mais qu'il ne se verrait pas offrir l'immunité par Londres.

Même analyse de l'ancien ministre libyen de l'Immigration, Ali Errishi, qui a lui-même fait défection peu après le début du soulèvement populaire en Libye mi-février. Le départ de M. Koussa est un «signe que les jours du régime sont comptés. C'est la fin», a-t-il déclaré à la chaîne France 24. «Kadhafi n'a plus personne» sur qui compter. «Désormais, il ne reste que lui et ses enfants».

La fin du régime?

«Il est l'un des conseillers en qui Kadhafi avait le plus confiance», a-t-il ajouté«. C'est la fin du régime. Le règne brutal est sur le point de s'achever. Personne ne connaît le régime mieux que M. Koussa.» Il sait «ce qui se passe en Libye, d'où ils tiennent leurs armes. Il pourrait apporter beaucoup d'aide», selon M. Errishi.

Moussa Koussa est arrivé mercredi à Farnborough (Grande-Bretagne) en provenance de Tunisie, où il avait effectué une visite présentée comme «privée» de 48 heures. «Il est venu ici de son plein gré. Il nous a déclaré qu'il démissionnait de ses fonctions», a indiqué le Foreign Office. Plusieurs hauts responsables du régime libyen, dont des ministres, ambassadeurs et officiers de haut rang, ont fait défection depuis le début il y a un mois et demi de l'insurrection contre Kadhafi, au pouvoir depuis près de 42 ans.

(L'essentiel Online/AFP)

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