Documentaire luxembourgeois – «Eldorado» donne la parole aux immigrés portugais

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Documentaire luxembourgeois«Eldorado» donne la parole aux immigrés portugais

LUXEMBOURG - Le documentaire «Eldorado», qui évoque le parcours de quatre immigrés lusophones, sort au cinéma ce mercredi. Les réalisateurs se confient à «L'essentiel».

L'essentiel: Dans le documentaire «Eldorado», qui sort en salles ce mercredi, vous racontez l'histoire de quatre immigrés portugais. Pourquoi avoir choisi ce sujet?

Rui Abreu, Thierry Besseling et Loïc Tanson: Il y a 16% de Portugais au Luxembourg et il n'y a jamais eu de film sur eux. On voulait montrer cette partie de la population, la mettre à l'honneur au-delà des clichés et des statistiques (voir encadré) qu'on peut avoir sur elle. Derrière ces clichés et ces statistiques il y a des gens. On en découvre quatre dans notre film. En suivant ces quatre destins, on voulait montrer les difficultés liées à l'installation dans un nouveau pays: trouver un travail, trouver des nouvelles amitiés, les problèmes de langue, le déracinement... Et tout cela au quotidien.

Vous suivez trois Portugais, dont un adolescent, et un Capverdien. Pourquoi ces quatre personnes?

Nous voulions montrer des gens qui viennent d’une «immigration de la main-d'œuvre» et dont la condition sociale
est modeste. Mais nous n'avons pas fait de casting. On a fait beaucoup de terrain. Les gens filmés se sont imposés assez naturellement même si c'est vrai qu'au départ on voulait un adolescent et quelqu'un qui venait juste de s'installer au Luxembourg et ça c'est fait. On travaille sur ce film depuis sept ans, nous avons accompagné les personnages pendant cinq ans et le tournage s’est étendu sur une période de trois ans. Ce film, ce sont des histoires très individuelles mais avec une portée très universelle. Certaines scènes peuvent parler à un public assez large.

Sans dévoiler tout du film, vous pensez à quelles scènes en particulier?

Les scènes où l'on voit Isabel danser ou évoquer sa recherche de l'amour et les raisons qui lui ont fait quitter le Portugal ou lorsque l'on voit Jonathan avec sa petite copine. Il y a une scène très forte où on voit un professeur d'allemand s'emporter devant la classe de Jonathan. Cela montre assez bien les difficultés liées à l'école et à l'apprentissage des langues au Luxembourg. On voit aussi Carlos au commissariat de police. Nous n'avons pas fait le film pour les Portugais. C'est un film qui parle certes d'eux mais surtout du thème de l'immigration et de la difficulté d'être un immigré, cette sensation de n'être à sa place nulle part. Un thème assez universel et en plein dans l'actualité.

Effectivement votre film sort en pleine crise des réfugiés. Ça donne une portée particulière à votre film...

Comme nous le disions, notre documentaire est le fruit de sept longues années de travail. Peut-être que cette durée est un plus. Nous offrons une réflexion plus large sur la question de l'immigration, un certain recul que l'actualité ne permet pas toujours. On ne parle pas de l'accueil des immigrés mais de leur vie, de leur intégration, de leur quotidien.

Votre documentaire s'appelle Eldorado. Le Luxembourg en est-il un, ou est-ce de l'ironie?

Pour ça, il faut voir le film (rires). Il y a effectivement un double sens. Tous les gens qui quittent leurs pays - et pas seulement Jonathan, Carlos, Isabel et Fernando - partent pour une vie qu'ils espèrent meilleure. Il y a l'idéal, et puis il y a la réalité. Le film évoque des destins qui s'entrechoquent entre illusion et désillusion dans un lieu que ces quatre personnes s'imaginaient comme un Eldorado.

Eldorado a été projeté en avant-première le 27 février à l'Utopolis Kirchberg dans le cadre du LuxFilmFest. Ci-dessous, une photo des trois réalisateurs avec les quatre protagonistes du documentaire prise lors de cette projection

(Propos recueillis par Fatima Rougi)

Fernando, Carlos, Jonathan et Isabel

Dans Eldorado, on suit les destins de:

- Fernando, un ouvrier portugais qui vient d’arriver au Grand-Duché et qui cherche du travail.

- Carlos, un jeune d'origine capverdienne, mais qui est né au Portugal et qui a grandi au Luxembourg. Il a eu des problèmes avec la justice et son passage en prison a rendu sa recherche d’un travail difficile.

- Jonathan, un jeune élève du modulaire qui cherche sa voie, et qui a des difficultés à l’école. Son père est portugais et sa mère française.

- Isabel, une femme de ménage qui a fui le Portugal pour des raisons privées et qui reconstruit sa vie au Luxembourg.

L'immigration portugaise en chiffres

D'après les derniers chiffres du Statec, il y a 46% d'étrangers au Luxembourg. Les Portugais sont la première communauté étrangère du pays. Ils représentent 16,4% de la population totale. Au 1er janvier 2015, ils étaient 92 000.

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