Au Luxembourg – Elle a accouché d'un bébé mort-né et confie sa douleur

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Au LuxembourgElle a accouché d'un bébé mort-né et confie sa douleur

LUXEMBOURG – Une jeune maman a fait la douloureuse expérience de devoir donner naissance à un bébé mort-né. Son histoire doit parler à d'autres mères.

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Patricia* a souhaité immortaliser en images le court moment qu'elle a eu avec son enfant.

Patricia* a souhaité immortaliser en images le court moment qu'elle a eu avec son enfant.

Patricia*
Elle a pu passer un peu de temps avec son enfant mort-né, après la naissance de ce dernier...

Elle a pu passer un peu de temps avec son enfant mort-né, après la naissance de ce dernier...

Stärekanner ASBL/Martine Pinnel
... et en a profité pour lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur.

... et en a profité pour lui dire tout ce qu'elle avait sur le cœur.

Stärekanner ASBL/Martine Pinnel

«Il n’y a rien de pire que de perdre son enfant». C'est avec ces mots que Patricia* entame son récit, en larmes. Il y a quelques semaines, cette femme de 28 ans a dû faire face à une terrible épreuve en donnant naissance à un mort-né dans sa 30e semaine de grossesse. Elle souhaite aujourd'hui partager son histoire, afin de soutenir d'autres femmes ayant vécu le même drame qu'elle. D’autant plus que le 15 octobre est la Journée mondiale de sensibilisation au deuil périnatal. Au Luxembourg, le nombre de mort-nés s’élevait à 85 cas en 2019 (69 bébés morts avant la naissance, 16 au cours de la première semaine après l’accouchement).

En novembre 2020, Patricia est tombée enceinte de son second enfant, une grossesse désirée. Si les premiers mois se sont déroulés comme prévu, le verdict fatidique est néanmoins tombé dans sa 23e semaine de grossesse. Ce jour-là, la gynécologue a prononcé les mots fatals. «Votre enfant est très, très malade», a-t-elle dit. Patricia se souvient qu'à cet instant précis, le sol s'est dérobé sous ses pieds et sous ceux de son compagnon. Personne n'était alors en mesure de dire de quoi souffrait leur fils, si ce n'est que le fœtus avait beaucoup de liquide dans le cerveau, que son cœur était atteint et qu'il présentait des déformations majeures. Des examens complémentaires ont permis de révéler que les reins et le cordon ombilical étaient également touchés par la maladie.

«Nous cherchions un coupable, mais il n’y en avait pas»

Pour apporter des réponses aux questions de Patricia, une amniocentèse a été réalisée dans la 24e semaine de grossesse. À l’obtention des résultats, trois semaines plus tard, un généticien a expliqué au couple que leur enfant souffrait d’une trisomie 9 complète, générant une déficience moteur et sensorielle. «Il n’y a eu qu’une cinquantaine de cas de ce genre dans le monde. Nous nous sommes demandé: "Pourquoi? Pourquoi nous?". Nous cherchions un coupable, mais il n’y en avait pas», dit Patricia.

On a expliqué à la jeune maman de 28 ans que son bébé - si elle souhaitait poursuivre la grossesse jusqu’à son terme - devrait immédiatement être hospitalisé dans un service de soins palliatifs et qu’il ne survivrait que quelques heures après sa naissance. «J’ai longtemps réfléchi à ce que je devais faire et j’ai pleuré tous les jours», se souvient Patricia. Et d’ajouter: «Mais je ne voulais pas mettre au monde un enfant par pur égoïsme - en sachant qu’il allait souffrir pendant ces quelques heures».

«Mon enfant est parti au ciel dans mon ventre»

«Tout à coup, il a fallu organiser les funérailles de cet enfant tant désiré, décider si on allait l'enterrer ou le faire incinérer», dit-elle, en parlant de sa situation inimaginable. Elle souligne avoir immédiatement demandé un soutien psychologique.

Le 17 mai, dans sa 30e semaine de grossesse, Patricia a finalement accouché de son bébé. «Mon enfant est parti au ciel dans mon ventre», raconte-t-elle, en parlant du jour qu’elle redoutait plus que tout. Il a fallu enlever la vie à son fils avant sa naissance. Elle a tout de même tenu à immortaliser en images le peu de temps qu’elle a passé avec son fils. La veille de son accouchement, on lui a parlé de l’association Stärekanner et elle a immédiatement contacté la photographe Martine Pinnel. «Je croyais que c’était beaucoup trop tard, mais Martine a répondu présent et a réalisé mon vœu», dit-elle.

Après la naissance et la séance photo, Patricia a encore pu avoir un moment avec son bébé mort-né. «Ça peut paraître bizarre, mais je lui ai encore beaucoup parlé et lui ai dit tout ce que j’avais sur le cœur», explique-t-elle, la voix tremblante. Avant de quitter l’hôpital, la jeune maman a dû faire ses adieux au nourrisson. «En laissant cette pièce derrière moi, j’étais complètement vidée - de l’intérieur comme de l’extérieur», dit-elle. Il ne lui reste désormais plus que le souvenir et les photos. Patricia continue de bénéficier d’un soutien psychologique pour faire son travail de deuil.

*Le prénom a été modifié

(Liz Mikos/L'essentiel)

Martine Pinnel a fondé l'association Stärekanner pour aider les personnes en détresse. Sa mission est de créer des souvenirs pour les parents de bébés mort-nés en immortalisant ces derniers par le biais de photos.

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