Jean-Claude Juncker – «Elle imitait à la perfection Sarkozy, Trump et d'autres»

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Jean-Claude Juncker«Elle imitait à la perfection Sarkozy, Trump et d'autres»

LUXEMBOURG - L'ancien Premier ministre et ex-président de la Commission européenne est revenu sur sa collaboration avec Angela Merkel pendant 14 ans.

Alors que la chancelière allemande va quitter le pouvoir à l'issue des élections législatives dimanche, Jean-Claude Juncker a partagé ses souvenirs dans une interview pour Euronews. «Bien qu'elle soit connue en Allemagne pour être une personnalité avec les pieds sur terre et sérieuse, en réalité, elle imitait tout le temps ses collègues, y compris moi. Mais elle ne m'a jamais imité devant moi. Elle imitait à la perfection Sarkozy, Trump et d'autres (...) C'est quelqu'un qui a beaucoup d'humour», a-t-il confié.

Cela n'a évidemment pas empêché des désaccords: «J'ai eu des disputes majeures», notamment sur le dossier grec, parce que «son propre groupe parlementaire et la presse allemande ne respectaient pas la dignité du peuple grec». Sa réticence pendant la crise grecque est d'ailleurs sans doute «son plus grand échec», souligne le Luxembourgeois. «Nous avons perdu du temps. La Grèce aurait pu être aidée plus tôt».

«Un leader, c'est quelqu'un qui peut dire "non" à son propre camp»

À l'inverse, «sa plus grande réalisation, de mon point de vue, a été le rôle qu'elle a joué dans la crise des réfugiés en août-septembre 2015». «Elle m'a dit au téléphone: "Quelle serait l'image de l'Union européenne et de l'Allemagne à l'extérieur si nous fermions les frontières, si nous mettions des soldats et des policiers à la frontière avec l'Autriche pour repousser ces pauvres gens?"».

Et Jean-Claude Juncker salue sa ténacité: «Elle faisait cela contre l'avis d'une majorité de l'opinion publique allemande et de son propre groupe parlementaire de la CDU. Un leader, c'est quelqu'un qui peut dire "non" à son propre camp».

«Elle me donnait le sentiment d'être aussi important que le président des États-Unis»

Et avec ce courage, «elle a définitivement ancré l'Allemagne en Europe (...) Après elle, il sera impossible d'avoir des chanceliers qui ne sont pas pro-européens». Selon lui, la chancelière «était à l'écoute de tous les pays, qu'ils soient grands, de taille moyenne ou petits. Quand j'étais Premier ministre et elle, chancelière, je n'ai jamais eu le sentiment qu'elle me traitait avec négligence. Non, non, non. Elle me donnait le sentiment d'être aussi important que le président des États-Unis».

Quant à l'avenir de l'UE, Jean-Claude Juncker se montre un peu préoccupé: «Le contexte international change, mais l'Union européenne, elle, n'évolue pas assez», regrette-t-il. «Il ne faut pas que nous soyons trop modestes, mais nous devrions essayer de ne pas non plus faire la morale au monde entier (...) Le rôle de l'Europe n'est pas de faire la morale, mais de donner l'exemple». Et quand la journaliste l'interroge sur l'existence de leaders charismatiques «pour tenir la barre», il répond avec un sourire: «Cela reste à prouver».

(mc/L'essentiel)

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