Journalistes libérés – «Enfermés 23h45 sur 24»

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Journalistes libérés«Enfermés 23h45 sur 24»

Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier ont raconté leur détention de 547 jours, jeudi, peu après leur arrivée à l'aéroport militaire de Villacoublay.

«J'ai faim de liberté, j'ai faim d'amour, j'ai faim tout court. Une énorme faim», a déclaré Stéphane Taponier sur France 3, son employeur. «On est très, très heureux». Hervé Ghesquière a évoqué «quelques problèmes de santé mineurs» et de la fatigue, mais précisé qu'ils avaient fait preuve d'un «moral d'acier». Il a souhaité «retrouver une vie normale au plus vite». «On n'a jamais été menacés de mort, jamais frappés», a-t-il indiqué, disant avoir été séparé de Stéphane Taponier pendant huit mois. «Du 13 avril au 13 décembre 2010», a-t-il précisé, expliquant se souvenir de toutes les dates importantes de leur détention. «Les conditions de vie, c'est être enfermé 23h45 sur 24», avec une nourriture «spécial montagne afghane», a raconté Hervé Ghesquière, avec humour et très à l'aise.

«À ce niveau-là, il n'y a pas eu de mauvaises choses, c'est sûr, mais évidemment, après, c'est l'enfermement, la mauvaise nourriture, le manque d'hygiène, mais pas spécialement parce que nous étions otages, mais parce que dans ces montagnes afghanes, on vit comme au Moyen Âge», a-t-il ajouté. «Le plus terrible au début, c'est de se dire "mais qu'est-ce qu'on va faire de toute la fin de journée, il est huit heures du matin, on va devoir vivre a priori sans rien à faire jusqu'à 10 heures du soir, rien à lire"», a-t-il poursuivi. Les deux hommes ont raconté avoir parfois eu accès à un poste pour écouter les radios RFI ou BBC.

«On aurait aimé filmer la descente de la passerelle de l'avion»

Leur avion a atterri vers 8h45. Les premières images de leur descente sur le tarmac, sur lesquelles on les aperçoit de loin retrouver leurs familles, ont rapidement été diffusées sur TF1. On voit aussi le président Nicolas Sarkozy et son épouse Carla au pied de l'avion, venus accueillir les deux hommes. L'Élysée avait précisé dans la matinée que leur présence serait «discrète». «Ils nous ont raconté par le détail à partir du moment où ils ont été donnés par un taliban, un Afghan qui était avec eux et qui a joué le rôle de traître. Ils se sont fait coffrer tout de suite après», a raconté Paul Nahon, ancien directeur des magazines d'information de France 3 qui était dans l'avion de Kaboul avec les deux hommes. Une centaine de personnes étaient arrivées tôt, jeudi matin, à l'aéroport situé dans les Yvelines pour attendre les deux hommes: leurs familles, de nombreux journalistes venus couvrir l'événement et des membres de leur comité de soutien dont Florence Aubenas, marraine du comité, qui fut otage pendant cinq mois en Irak.

Elise Lucet, responsable du magazine de France 3, «Pièces à conviction», émission pour laquelle travaillaient les deux journalistes quand ils ont été enlevés, s'est dit «fière» d'eux, regrettant de n'avoir pu filmer leur descente d'avion. «On nous dit que c'est un souhait des familles. On aurait aimé filmer la descente de la passerelle de l'avion. C'est une image symbolique qui nous tient à cœur», a-t-elle déclaré.

(L'essentiel Online/AFP)

Enquêtant pour ce magazine de «France 3», les journalistes avaient été enlevés le 30 décembre 2009 à 60 km de Kaboul, dans la province de Kapisa, où sont déployées les troupes françaises dans le cadre de la coalition. La presse française saluait unanimement jeudi, leur libération, tout en s'interrogeant sur les méthodes employées, en évoquant le contentieux avec le pouvoir politique juste après le rapt, et en rappelant les Français toujours otages dans le monde.

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