Contraception masculine: Entre méthodes douteuses et annonces tonitruantes

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Contraception masculineEntre méthodes douteuses et annonces tonitruantes

La recherche est lente en matière de contraception masculine, mais elle avance. On fait le point sur les différentes méthodes à l’occasion d’un congrès consacré à ce sujet qui se tiendra lundi à Paris.

Pendant longtemps, la recherche sur la contraception masculine a été mise de côté, l’industrie pharmaceutique manifestant peu d’intérêt pour le sujet. La contraception, tout comme la conception, était une affaire de femmes. Mais à l’heure de #MeToo, un certain intérêt pour la contraception masculine rejaillit. La recherche en la matière est lente, mais elle avance. À l’occasion d’un congrès qui se tiendra lundi à Paris sous l’égide de l’Académie de médecine, faisons le point sur les méthodes douteuses, mais aussi les grandes pistes qui seront présentées au congrès.

Grandement médiatisées, les techniques du «slip chauffant» ou de «l’anneau contraceptif» ne convainquent guère. Le principe consiste à rapprocher les testicules du corps afin de les tenir plus au chaud et de limiter ainsi la production de spermatozoïdes. Celle-ci nécessite en effet une température légèrement inférieure à celle du reste du corps humain. 

Mais leur efficacité et leur sécurité ne sont pas appuyées scientifiquement. Seules quelques études, certes encourageantes, ont été menées dans les années 1990 sur le slip chauffant, mais sur un échantillon trop limité (quelques dizaines de personnes) pour être concluantes. Pour la chercheuse Régine Sitruk-Ware, «les collègues internationaux qui travaillent dans le domaine de la contraception ne considèrent pas ces méthodes comme très pratiques ou valables pour le futur».

Un gel sur l’épaule

C’est la piste de recherche la plus avancée, même si les études sont encore loin de permettre d’envisager une commercialisation rapide. Il s’agit d’un gel à appliquer chaque jour sur son épaule. Il contient à la fois une hormone féminine, dite progestative, pour bloquer la formation de spermatozoïdes, et de la testostérone, afin de compenser les effets de la première sur la libido ou la pilosité.

Les essais, principalement réalisés aux États-Unis, sont actuellement en phase 2, la plus avancée pour des travaux en cours sur un contraceptif masculin. Selon l’endocrinologue Régine Sitruk-Ware, qui participe à ces essais et organise par ailleurs le colloque de Paris, les premiers résultats sont suffisamment bons pour accélérer la marche. «Ce produit semble très efficace et très bien accepté», rapporte-t-elle. On est toutefois encore loin d’une mise sur le marché. Selon Mme Sitruk-Ware, la vue optimiste table sur cinq ans minimum.

Des pilules restent à l’étude

À cause des difficultés à assimiler la testostérone par voie orale, une pilule masculine est difficile à concevoir. Mais des chercheurs continuent à suivre cette voie et ont obtenu de premiers résultats encourageants sur l’homme ces dernières années. On sait ainsi qu’elles ne semblent pas avoir d’effet irréversible sur la fertilité.

Reste maintenant à évaluer si elles sont suffisamment efficaces. «Malheureusement, à cause du Covid, les essais et les résultats prennent beaucoup de temps», a expliqué la chercheuse Stephanie Page, qui travaille sur l’une de ces pilules.

Un produit bloquant le sperme

C’est une piste encore moins avancée que les deux précédentes, mais pour laquelle de premiers essais sur l’homme doivent commencer en fin d’année. Le principe est d’injecter un gel qui bloque les spermatozoïdes lors de l’éjaculation, sans empêcher celle-ci. Les promoteurs de cette méthode, élaborée par la start-up américaine Contraline, promettent des années de tranquillité après l’injection.

Ce fonctionnement s’apparente à une vasectomie même si, contrairement à celle-ci, les concepteurs assurent que l’effet du gel est systématiquement réversible. L’idée n’est par ailleurs pas neuve. Un concept semblable, dit Risug, a fait l’objet pendant plusieurs années d’études en Inde. Les chercheurs avaient fait état de résultats positifs en 2019, mais, depuis, n’ont pas donné de nouvelles.

(AFP)

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