Environnement – Et pourquoi ne pas réhabiliter les algues?

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EnvironnementEt pourquoi ne pas réhabiliter les algues?

Accusée des pires maux, la laitue de mer est pourtant précieuse dans de nombreux domaines.

La production annuelle de ce végétal est d'environ 16 millions de tonnes dans le monde.

La production annuelle de ce végétal est d'environ 16 millions de tonnes dans le monde.

AFP

Trente-six sangliers et un ragondin ont été retrouvés morts, fin juillet, en France. En 2009, un cheval est décédé subitement et son cavalier a été sauvé de justesse sur une plage de Bretagne. La faute à qui? Aux algues. Ces dernières viennent s’échouer en masse sur le ri­vage et se décomposent en dégageant un gaz mortel, l’hydrogène sulfuré. La prolifération de la laitue de mer est une vraie plaie pour les collectivités, et son ramassage demande des efforts logistiques et financiers importants. C’est également un fléau pour le tourisme, puisque les baigneurs désertent les bords de mer.

L’ulve n’est pourtant pas considérée comme néfaste pour tout le monde. Un Centre d’études et de valorisation des algues a même été créé en Bretagne en 1982, avec pour mission de favoriser un développement économique autour de ce végétal. «L’algue verte n’est malfaisante que quand elle est échouée, explique le directeur général adjoint, Marc Danjon. Quand elle pousse en mer, c’est un simple légume».

L’épandage dans les champs reste pour l’instant le principal débouché pour ce végétal. Un procédé efficace et peu cher (environ 50 euros la tonne). Mais d’autres marchés prestigieux se développent à grande vitesse. L’algue pourrait bien ainsi devenir l’or noir du futur. Une fois séchée et réduite en farine, l’ulve voit sa valeur exploser. Elle atteint entre 1 970 et 2 900 euros la tonne. L’accident de la centrale de Fukushima, au Japon, va faire encore monter ce prix, car la quantité d’algues récoltée dans cette zone a baissé de manière significative.

Dans l’algue, tout est bon, il n’y a rien à jeter

Alimentation. Protéines, sels minéraux, oligoéléments et fibres: ce végétal marin est un légume intéressant sur le plan de la santé. Les feuilles de nori séchées ainsi que le wakame sont beaucoup utilisés dans la cuisine asiatique. En Europe aussi, soupes, pâtes ou, plus surprenant, caramels et alcools à base d’algue sont sur le marché. Pierrick le Roux, chef français, s’intéresse à ce produit depuis 1983 et a déjà publié deux livres de recettes.

Énergie. En pourrissant, les algues dégagent des gaz, donc de l’énergie. Au Japon, des projets travaillent sur la méthanisation de ce produit, mais sans pour l’instant obtenir le rendement désiré. Même difficulté en France avec la fabrication de biocarburant à base d’algues vertes.

Chimie. L’industrie de la cosmétique et de la pharmacie a très vite compris les bienfaits de l’algue. «On n’a pas encore trouvé mieux», explique Isabelle Nordmann, du spa After the Rain à Genève. Selon les espèces, elle permet de lutter contre la rétention d’eau, la cellulite et même l’acné. En application directe, elle présente également des vertus détoxifiantes et amincissantes.

Matériaux. La fibre du végétal entre dans la composition de divers emballages, comme les cartons et les plastiques. Des chercheurs français ont réussi à fabriquer un film alimentaire composé à 30% d’algues vertes.

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