Pour maigrir, il faut payer – Et si on gardait nos kilos?

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Pour maigrir, il faut payerEt si on gardait nos kilos?

Compléments alimentaires ou médicaments, les pharmacies pullulent de produits censés aider à perdre du poids, mais si leur efficacité est très variable, tous peuvent finalement coûter cher, pour le porte-monnaie comme pour la santé.

Au Congrès international sur l'obésité de Stockholm (11-15 juillet), la question des compléments alimentaires vendus en parapharmacie est vite évacuée: «économisez votre argent, c'est la seule chose que vous allez perdre», martèle Judith Stern, professeur de nutrition et de médecine interne à l'Université Davis de Californie.

Deux études présentées à l'occasion de ce congrès montrent l'inefficacité des compléments alimentaires. «Il y a des tas de compléments minceur promettant une perte de poids sous l'action de toutes sortes de mécanismes (...) le marché est immense, mais contrairement aux médicaments réglementés, leur efficacité n'a pas à être prouvée», explique Thomas Ellrott, directeur de l'Institut de nutrition et de psychologie à l'université de médecine de Göttingen (Allemagne). Son enquête prouve que sur les neuf compléments alimentaires étudiés proposant neuf principes - prétendus actifs- différents, «pas un seul n'a été plus efficace que des pilules placebo pour obtenir une perte de poids sur la période étudiée de deux mois».

De nouvelles molécules

Et pourtant, le marché est très lucratif. «Les ventes mondiales annuelles de compléments diététiques sont nettement supérieures à 13 milliards de dollars (10 milliards d'euros)», souligne Igho Onakpoya, de l'université d'Exeter et Plymouth (Grande-Bretagne), qui a effectué une analyse systématique de tous les comptes-rendus existants d'essais cliniques de compléments alimentaires. «Les gens pensent que ces suppléments sont un moyen rapide de perdre du poids et sont prêts à dépenser des fortunes, mais ils risquent d'être déçus, frustrés et déprimés», souligne M. Onakpoya.

Pour une aide efficace vendue en pharmacie, donc, mieux vaut se tourner vers les médicaments réglementés. Mais là, attention aux effets secondaires des principes actifs. Une molécule qui empêche d'avoir faim en bloquant les récepteurs cannabinoïdes CB1 avait reçu l'aval de toutes les autorités de contrôle. Mais elle a dû être retirée du marché après que son utilisation prolongée par le grand public eut mis en évidence un risque psychiatrique sous forme de dépressions. Or, «la dépression n'est pas acceptable en échange d'une perte de poids», souligne Christian Elling, vice-président du laboratoire pharmaceutique danois 7TM Pharma.

«Les patients sont souvent victimes de leurs espérances»

À la place, ses équipes travaillent sur une nouvelle molécule censée agir de la même façon sur les organes et muscles liés au métabolisme, mais sans pénétrer dans le cerveau. «L'absence d'exposition significative pour le cerveau constatée dans nos expériences pré-cliniques, nous rend optimistes sur le fait que le blocage du récepteur CB1 peut toujours constituer une approche efficace et sûre du traitement de l'obésité et des maladies liées», affirme M. Elling. Les travaux sur cette molécule se poursuivent.

D'autres médicaments en vente sur prescription médicale ont une efficacité prouvée et reconnue, avec une perte maximum de 10% du poids soit environ 8-9 kg sur un an. Mais elles non plus ne sont pas sans danger pour la santé en raison de l'aspect psychologique de la lutte contre le surpoids. «Les patients sont souvent victimes de leurs espérances», regrette Luc van Gaal, de l'université d'Anvers (Belgique). «Si le patient n'est pas content parce que cela ne va pas assez vite ou parce qu'il veut aller encore plus loin, il fait des expérimentations, double les doses... Et là, il y a un risque grave pour la santé», explique le chercheur, laissant entendre qu'il est possible de se procurer illégalement ces médicaments sans ordonnance.

lessentiel.lu avec AFP

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