Musique électronique – «Être sincère, laisser parler mes machines»

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Musique électronique«Être sincère, laisser parler mes machines»

ESCH/BELVAL - Avec «Creatures», son troisième opus, Rone, nous offre un trip électronique fascinant et addictif. Le Français sera en concert à la Rockhal, samedi.

L’essentiel: «Creatures» donne l’impression de raconter une véritable histoire. C’était votre objectif?

Rone (producteur)
: C’est vrai que ça a toujours été important de poser une atmosphère narrative, avec du suspense, des surprises et des tensions, d’emmener les gens quelque part. Ça se fait de façon naturelle, la musique arrive comme ça.

Une large gamme d’émotions et de sentiments traversent l’album. Comment fait-on pour insuffler autant de vie aux machines?

J’essaye simplement d’être sincère, de retranscrire mes humeurs. En fonction des jours, les visions de la vie sont différentes, il y a des contrastes entre les moments. La musique traverse ces humeurs, et je ne maîtrise pas vraiment, je laisse parler mes machines.

Ce nouveau disque accueille des voix et des musiciens. Le besoin d’ouvrir votre univers aux autres?

Oui, car en tant que producteur électro, je passe beaucoup de temps seul en studio. J’ai eu envie d’ouvrir les fenêtres, d’échange, de partage. Je n’ai pas trop fait de démarches. Tout part de rencontres, de gens croisés sur la route.

Le disque est malgré tout très personnel…

C’est vrai qu’avec autant de monde, on se demande: «Est-ce que je vais me retrouver au milieu de tout ça?». Il peut y avoir des moments d’inquiétude. Paradoxalement, c’est mon disque le plus intime.

Il y a même des bruits des sons de nourrisson sur «Calice Texas». Ceux de votre fille?

Oui, elle était à côté de moi, et c’est venu instinctivement. Ça s’est intégré au morceau. C’est comme un album photo, j’imagine qu’elle écoute ça plus tard. Et j’aime l’idée de laisser le hasard et l’accident intervenir.

C’est un projet artistique total, puisque votre compagne a fait les visuels…

Oui, c’est Lili Wood, une illustratrice douée. Elle était ravie que je le lui propose. La maison était baignée dans l’énergie de l’album.

InFiné demeure-t-il le label idéal pour vous?

Oui, je m’y sens très bien. J’y ai une liberté totale. D’autant qu’en tant que musicien électro, je fais des disques pas toujours faciles à étiqueter. Mais je suis encadré et soutenu.

Certaines sonorités sont proches de celles de Mondkopf ou Koudlam. Y a-t-il une nouvelle scène electro made in France?

J’ai joué avec Koudlam à Washington, et j’ai bien aimé ce qu’il fait. Mondkopf, je l’ai déjà vu plusieurs fois, et je connais bien son travail. Ce sont deux artistes intéressants, il y a peut-être une influence inconsciente. La pop s’inspire aussi beaucoup de l’electro. Quelqu’un disait: «Peu importe où on prend les choses, l’important c’est où on les amène». Je suis d’accord avec ça.

Comment adaptez-vous votre musique à la scène?

L’idée est d’interpréter les morceaux en live, de les rejouer, de les amener ailleurs. Même si certains titres restent proches de leur version album, j’essaye de les étirer, de les raccourcir, de les transformer ou de les réinventer. Je me produis souvent seul, même si j’invite parfois des musiciens ou des chanteurs présents sur l’album.

(Cédric Botzung et Léa Weber)

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