Présidentielle en France – Eva Joly sera la candidate des écologistes

Publié

Présidentielle en FranceEva Joly sera la candidate des écologistes

Eva Joly a été officiellement investie candidate d'Europe Ecologie-Les Verts à la présidentielle après sa large victoire sur Nicolas Hulot, recueillant 58,16% des voix.

Eva Joly sera la candidate des écologistes. (AFP)

Eva Joly sera la candidate des écologistes. (AFP)

Nicolas Hulot a obtenu 41,34%. Il y a eu 0,49% de votes blancs. Dans le détail, 13 223 voix se sont portées sur l'ex-magistrate et 9 396 pour l'ex-animateur, a-t-on précisé à EELV.

L'ex-juge anticorruption, est, à 67 ans, presque novice en politique, et mise sur son discours «éthique» et un parcours atypique pour rassembler. Trois ans à peine après être entrée en politique, la voilà candidate à la présidentielle. Après avoir hésité à rejoindre le Modem, elle se laisse convaincre par Daniel Cohn-Bendit pour les européennes de 2009, lors d'une brève rencontre en août 2008 au Cercle norvégien de Paris. Un succès: le couple «Dany-Eva», le feu et la glace, obtient 20,9% des voix en Île-de-France, après une campagne où elle avait étonnamment su captiver en meeting avec sa voix monocorde et son fort accent norvégien. Un an plus tard, aux Journées d'été de Nantes, l'eurodéputée, dont Cohn-Bendit loue alors «la naïveté et l'envie d'une jeune» en politique, se lance dans la course 2012, laissée libre par Cécile Duflot qui ne se sent «pas les épaules».

«Vous me demanderiez que je me retire pour Zidane?»

Si beaucoup se demandent si elle est une «vraie écolo de gauche», un quasi-consensus se dessine autour d'elle. Mais la sortie de Nicolas Hulot au congrès de fondation d'EELV en novembre à Lyon («je n'exclus rien» pour 2012), change totalement la donne. Face à l'écologiste vedette qui se déclare finalement le 13 avril, ils sont peu nombreux à penser que celle qui avait été taxée de «vieille éthique» tiendra le coup. «Eva dans le mur», «écologiste de la dernière pluie», disent ses opposants. Devant la popularité de son rival, elle ironise: «Vous me demanderiez que je me retire pour Zidane?». Et dit préférer Thalassa à Ushuaïa.

Alors qu'elle craignait un score humiliant, c'est elle qui l'emporte finalement largement grâce à un discours plus politique, clivant et agressif face à un adversaire «trop consensuel», dont elle a aussi fustigé l'hypothétique alliance avec Jean-Louis Borloo, «ex-ministre de Sarkozy». Souhaitant porter une «écologie de combat», Mme Joly, en pointe sur les valeurs éthiques et la dénonciation des puissances d'argent, devra toutefois étoffer son discours économique et social pour être crédible.

Inévitablement associée à l'affaire Elf

Connue pour sa ténacité et sa raideur mais aussi sa sensibilité aux critiques, l'ex-juge d'instruction sait maîtriser son image, malgré un air parfois emprunté derrière ses petites lunettes rouges, emblème de campagne. Celle qui se verrait bien ministre en 2012 compte aussi user de sa binationalité pour contrer le discours du Front national.

De fait, Gro Eva Farseth, née dans un quartier ouvrier d'Oslo, le 5 décembre 1943, n'a pas le cursus traditionnel des élites françaises. Lorsqu'elle débarque comme jeune fille au pair dans une famille bourgeoise parisienne en 1964, elle s'éprend d'un fils de la maison, Pascal Joly. Pour un de leurs deux enfants, elle accouche entre les écrits et les oraux de sa licence de droit et, en parallèle, travaille comme secrétaire. Devenue juriste en établissement psychiatrique, elle passe le concours de la magistrature à 38 ans. Commence alors une carrière jusqu'au cœur des affaires politico-financières les plus sensibles, son nom restant inévitablement associé à l'affaire Elf.

En 2002, Mme Joly, alors veuve, retourne dans son pays natal conseiller le gouvernement dans sa lutte contre les paradis fiscaux. Dans son livre «La Force qui nous manque» (2007), elle justifie ce «besoin de mouvement». «J'ai toujours eu peur du moment où le réel vous assigne votre place: vous êtes la bonne, vous êtes l'épouse, vous êtes une mère, vous êtes une secrétaire, une juge mais docile s'il vous plaît. Vous avez l'âge de la retraite. Non, j'ai toujours bousculé cet ordre-là».

(L'essentiel Online/AFP)

Ton opinion