Claude Turmes – «Fan de Greta et des mouvements de jeunes»

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Claude Turmes«Fan de Greta et des mouvements de jeunes»

LUXEMBOURG - Le ministre de l’Énergie Claude Turmes défend l’action des Verts au gouvernement et se réjouit de la manifestation des jeunes de Youth for Climate.

«Nous avons déjà fait plus dans ce domaine (NDLR: la défense du climat) que ce qu’il y avait dans l’accord de gouvernement», soutient Claude Turmes.

«Nous avons déjà fait plus dans ce domaine (NDLR: la défense du climat) que ce qu’il y avait dans l’accord de gouvernement», soutient Claude Turmes.

© Editpress / Didier Sylvestre

L'essentiel: Quel regard portez-vous sur la mobilisation de Youth for Climate?

Claude Turmes: Je tiens d’abord à dire que je suis un grand fan de Greta Thunberg et des mouvements de jeunes qui ont permis de faire bouger les lignes. Ils ont permis que tout le monde prenne conscience de la crise climatique, un thème longtemps réservé à quelques experts et politiques. Plus il y aura de jeunes dans la rue, plus grande sera la marge de manœuvre dans ce domaine.

Est-ce normal de voir les jeunes dans la rue pour le climat avec des ministres verts au gouvernement?

Nous avons déjà fait plus dans ce domaine que ce qu’il y avait dans l’accord de gouvernement. La taxe CO2, par exemple, n’était pas dans l’accord de coalition. Et cela aussi grâce au mouvement des jeunes. Après tous les événements que nous avons connus, les inondations, les feux, nous sommes en urgence climatique et il faut avancer encore plus vite. Plus il y aura du monde qui manifeste plus le signal envoyé sera fort. Pas seulement vis-à-vis des politiques, mais aussi des investisseurs.

Par ailleurs, c’est une chose d’être dans la rue, mais j’ai également besoin de jeunes qui installent des panneaux voltaïques, des chargeurs de batteries.... Il faut que certains décident de devenir par exemple électriciens avec ce type de spécialisation. Il y a les objectifs, la pression politique, mais il nous faut aussi les forces pour cela.

Faudrait-il un Premier ministre vert pour aller plus vite?

Notre gouvernement fait déjà pas mal de choses pour le climat. Peut-être moins vite, que là où il y a un Premier ministre vert, mais nous sommes dans un gouvernement qui a pris des mesures. Nous sommes premiers en termes d’investissement dans les transports publics. Il n’y pas d’autre pays qui ait mis en place la gratuité. La marge de manœuvre existe beaucoup au niveau des communes. Quand il s’agit d’améliorer la sécurité des cyclistes ou quand il y a un PAG qui interdit l’installation de panneaux photovoltaïques... Notre gouvernement avec un Premier ministre libéral va de l’avant. Pour moi, les freins sont plutôt au niveau des communes.

Vous ne cachez pas des positions assez tranchées notamment dans le secteur de l’économie, vous êtes-vous toujours senti à votre place dans ce gouvernement?

Si cela n’était pas le cas, je ne resterais pas. Avec les autres ministres, on avance. On est en train de faire d’un pays réputé pour être peu vertueux en termes écologiques, un pays qui fait des pas de géants dans ce domaine.

Le Luxembourg n’est pas encore un exemple en la matière…

Ce serait arrogant de dire qu’on peut passer en trois ans de 18 tonnes d’équivalent CO2 produites par personne à une tonne (pour être climatiquement neutre). Mais il faut juger sur les mesures mises en place. Il y a eu la taxe CO2 avec en plus une compensation sociale pour les moins favorisés, ce qui me semblait très important. Nous avons aussi, relativement, l’un des marchés automobiles les plus électrifiés d’Europe. Pour le tourisme à la pompe, on a bougé le curseur. Le pays est moins attrayant pour les camionneurs qu’il y a trois ans.

Il le reste quand même…

La taxe CO2 et les accises le rendent moins attrayant. C’est une première étape. On n'est pas là pour punir les citoyens. Mais nous mettons en place des instruments et nous donnons des primes comme dans aucun autre pays. 8 000 euros pour une voiture, jusqu’à 50 000 en rénovation dans le bâtiment.

Les jeunes de Youth For Climate qui jugent que vous n’allez pas assez vite sont-ils ingrats?

Ce n’est pas forcément le métier des jeunes de comprendre dans le détail tout ce qui est mis en place. Pas mal de mesures ne sont pas assez connues. J’ai passé 30 ans à faire bouger le curseur. Nous avons pris du retard. Mais jamais on a agi autant que dans ce gouvernement. Les jeunes nous motivent, nous poussent. Voir du monde dans la rue ce vendredi ne serait pas un constat d’échec mais une invitation à poursuivre ce que je fais depuis 30 ans.

(Recueilli par Nicolas Martin/L'essentiel)

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