Hollande: «nous sommes dans un état de défiance»
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Hollande: «nous sommes dans un état de défiance»

Avant l’intervention télé de Nicolas Sarkozy, François Hollande commente pour L’essentiel un an de «sarkozysme».

L'essentiel: Moins d’un an après son élection à la présidentielle, Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages. Y a-t-il crise politique en France?

Jamais en France, un président n’est tombé si bas. Alors, à force de baisser, ça va bien s’arrêter un jour! Jamais, un président n’a éprouvé autant de défiance de la part de ses concitoyens, moins d’un an après son élection… Faut-il alors parler de crise politique? Oui, nous sommes dans un état de défiance mais il y a les institutions. Le prési-dent a un mandat, il a été élu pour exercer sa charge jusqu’en 2012. Nous devons être respectueux des temps et des rythmes démocratiques.

Comment expliquer l’impopularité de Nicolas Sarkozy?

Les raisons de cette impopularité, me semble-t-il, ne tiennent ni à un style ni à des propos déplacés ni à un comportement personnel. S’il y a cette prise de distance des Français avec leur président, c’est d’abord et essentiellement parce que les résultats ne sont pas au ni-veau des promesses de la campagne électorale. Et puis, il y a aussi la façon : en «présidentiable», Nicolas Sarkozy prônait le «volontarisme»; aujourd’hui président, il fait le constat de son impuissance. Enfin, pour la plupart des Français, il n’y a pas eu progression du pouvoir d’achat. C’est bien là qu’il faut chercher la cause de l’impopularité du président et du gouvernement. Tout ça, ça tient au peu de professionnalisme de ces gens-là…

Pourtant, on pouvait croire que la force de Nicolas Sarkozy, c’était sa grande connaissance de la politique…

Mais aujourd’hui, on ne peut que constater la succession des couacs, des contradictions. Et on remarque cela dans tous les domaines. Par exemple, en politique étrangère, on n’y comprend plus rien avec les dossiers de la Libye, de l’Afghanistan et maintenant de la Chine et des Jeux olympiques. Le moins qu’on puisse dire, c’est bien qu’il y a des sinuosités. Tout ça crée une certaine illisibilité. Le président de la République ne maîtrise pas le processus qu’il est censé conduire!

En même temps, les Français sont demandeurs de réforme…

Mais bien sûr qu’ils demandent des réformes! Ils ne se privent pas de dire et répéter qu’ils sont favorables aux réformes. Après, survient la question de la pertinence sur les résultats. La France a aujourd’hui un déficit public qui atteint 3 % de la richesse nationale. Pour réduire ce déficit, il eut fallu désendetter l’État pour améliorer le pouvoir d’achat, le gouvernement a préféré la baisse d’impôts. Et à qui demande-t-on des efforts? Aux fonctionnaires, aux assurés sociaux, aux futurs retraités… Le fait originel de cette crise, on peut le dater précisément: en juillet 2007 quand Nicolas Sarkozy fait passer le paquet fiscal. Là, il y a eu immédiatement la perte de marges de manœuvres… Mais soyons aussi honnêtes jusqu’au bout: cette sévérité des Français ne vise pas une politique menée depuis un an, mais plutôt celle menée depuis six ans par Jacques Chirac et maintenant Nicolas Sarkozy…

On entend aussi que Nicolas Sarkozy «ne fait pas président», qu’il ne s’est pas glissé dans les habits de président…

Nicolas Sarkozy est président de la République. C’est à lui de savoir comment il doit se comporter. Pour moi, ce qui compte, ce sont les résultats. Je veux que le jugement des Français soit lu à l’aune des résultats. Et je suis persuadé que les Français n’éprouveraient aucune gêne à voir Nicolas Sarkozy en blue jean s’il y avait plus de pouvoir d’achat!

L’attitude de Nicolas Sarkozy sur le dossier de la Chine, des Jeux olympiques et du Tibet…

… il n’est pas vraiment clair, c’est le moins qu’on puisse dire! Il a envoyé trois émissaires en Chine, son conseiller diplomatique (Jean-David Levitte), un ancien Premier ministre (Jean-Pierre Raffarin) et le président du Sénat (Christian Poncelet). D’abord, on peut espérer qu’ils connaissent un peu le dossier chinois… Ensuite, on peut s’interroger sur le message que ces trois-là vont transmettre aux autorités chinoises.

Un message d’excuse? Mais de quoi va-t-on s’excuser… Un message d’exigence de reprise du dialogue entre la Chine et le Tibet? J’espère… Ce qui est troublant, voire incompréhensible, ce sont les changements adressés aux dirigeants chinois ces dernières semaines: j’y vais, j’y vais pas… j’exige, j’exige pas… j’affirme ou je m’excuse… Mais en France, nous avons des principes et des règles en politique étrangère. Nous devons avoir les mêmes pour tout le monde, que ce soient pour la Chine ou des Africains!

Qu’attendez-vous de l’émission En direct de l’Élysée?

Que Nicolas Sarkozy donne enfin une lisibilité à son action. Qu’il dise enfin ce qu’il veut faire… Je mets en garde ceux qui nous diri-gent: aujourd’hui en France, il y a une forme de révolte…

Recueillis par Serge Bressan

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