France/Attaque en 2017 – «Il a mis un coup de volant vers nous»

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France/Attaque en 2017«Il a mis un coup de volant vers nous»

Les militaires français renversés en 2017 près de Paris ont témoigné lors du procès du conducteur accusé de tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste.

La police française avait arrêté dans le nord du pays l’homme qui avait percuté des militaires en 2017 (photo du 9 août 2017), à Levallois-Perret.

La police française avait arrêté dans le nord du pays l’homme qui avait percuté des militaires en 2017 (photo du 9 août 2017), à Levallois-Perret.

AFP

Les militaires renversés en 2017 à Levallois-Perret (région parisienne) par l'Algérien Hamou Benlatreche ont décrit jeudi devant la cour d’assises spéciale à Paris un «coup de volant» délibéré d’un conducteur «réveillé», loin de la version de l’accident dû à un malaise défendue par l’accusé. «J’ai vraiment vu une silhouette les mains sur le volant, qui met un coup de volant vers nous. Il était droit dans la voiture. A aucun moment je n’ai vu un homme affalé», se rappelle Romuald, caporal-chef, âgé de 30 ans à l’époque.

Ce matin du 9 août 2017, il est le chef de groupe des militaires qui s’apprêtent à partir en patrouille dans le cadre de l’opération Sentinelle. Ils échangent avec la patrouille précédente devant leur local, dans une allée peu fréquentée de Levallois. «Il était difficile de passer là par hasard», juge Valentin, membre du même groupe, partie civile au procès mais qui n’a pas été blessé dans l’attaque.

«Coup de volant en accélérant»

«J’ai vu la voiture arriver, tout doucement, comme une voiture normale. C’est vraiment arrivé à notre hauteur que je le vois mettre un coup de volant en accélérant», raconte Yssa, alors caporal-chef de 25 ans, blessé à la main. À la barre, il se souvient des «cris de douleur» de ses camarades plus gravement touchés: l’un souffre de fractures aux lombaires, un autre d’un pneumothorax et de fractures costales, un troisième, d’une fracture de la clavicule.

Jugé pour terrorisme

Le conducteur prend ensuite la fuite au volant de sa BMW noire, sans jamais ralentir l’allure, ajoute-t-il. Hamou Benlatreche a affirmé qu’il s’agissait d’un accident, expliquant qu’il avait perdu connaissance et que sa jambe droite était restée enfoncée sur la pédale d’accélération. Cet Algérien de 41 ans est jugé depuis lundi pour «tentative d’assassinats sur personnes dépositaires de l’autorité publique en relation avec une entreprise terroriste.»

Séquelles traumatiques

Les militaires entendus jeudi ont tous dit leur incrédulité quant à cette thèse. «J’ai aperçu les yeux ouverts, j’ai même croisé son regard», affirme Mathias, qui avait décrit aux enquêteurs un homme «de type maghrébin à la peau claire, porteur de lunettes». «Un accident, on s’arrête, ou on tape la première voiture», mais pas une seconde. «Continuer, ramasser tout le monde et partir: il faut être conscient quand même», souligne Yssa.

«Je me voyais enterré»

Toujours militaire aujourd’hui, il confie être plus «renfermé» et «piler» parfois au volant, lorsque la crainte de heurter un pigeon qui s’envole lui rappelle «l’image du choc». Romuald, venu témoigner en uniforme, évoque aussi les séquelles traumatiques de cette attaque. Blessé au genou lors du choc, il reprend rapidement du service, part en opération extérieure, «tient bon», avant de décompenser lors d’une mission au Mali. «Je n’arrivais plus à dormir, je faisais des cauchemars où je me voyais enterré, et ma femme qui montrait ma tombe à mon enfant», raconte-t-il, ayant du mal à retenir ses larmes.

Engagé à 18 ans pour «servir», «le fait que je n’aie pas pu protéger mon groupe à ce moment-là, ça me fait du mal dans mon estime et ma fierté. J’ai signé pour éviter que ce genre de choses se produise. Je préfère que ça nous arrive à nous qu’à une famille fauchée à un arrêt de bus», conclut-il.

«Je crois que la cour d’assises a compris l’effraction psychique» très importante subie par les militaires victimes lors de l’attaque, a déclaré à l’AFP leur avocat, Laurent-Franck Lienard. «Ce sont des gens jeunes, très dynamiques, très sportifs, et ils se sont tous effondrés à la barre à l’évocation des faits», a-t-il souligné. L’audience reprend vendredi avec l’interrogatoire de l’accusé.

(L'essentiel/AFP)

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