Centres éducatifs – «Il faut qu’on en parle pour s’en indigner»
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Centres éducatifs«Il faut qu’on en parle pour s’en indigner»

LUXEMBOURG - La médiateure du Grand-Duché, Lydie Err, revient dans une interview avec «L'essentiel Online» sur le rapport accablant qu'elle a présenté concernant les Centres socio-éducatif de l’État (CSEE).

Le CSEE de Dreiborn.

Le CSEE de Dreiborn.

Editpress

L’essentiel Online: Votre rapport épingle sévèrement les CSEE. Ces conditions sont-elles dignes du Grand-Duché?

Lydie Err, médiateur du Grand-Duché du Luxembourg: Avec les bâtiments qu’ils ont, ils font du mieux possible. Mais ces bâtiments n’ont pas été conçus pour cela. Ce n’est pas une prison, ce sont des instruments d’éducation pour des jeunes qui ne sont pas condamnés, mais sous la protection de l’État. La loi sur les mineurs est une loi de protection et non pas une loi pénale. Ils ne sont donc pas en prison, ils sont dans des institutions adaptées aux jeunes.

Est-ce qu’on peut encore parler de rôle protecteur de l’État avec les insuffisances infrastructurelles que vous relevez dans votre rapport?

Les institutions font de leurs mieux, mais il y a un manque de personnel. En fait, il y a des postes qui ont été accordés mais qui n’ont pas pu être pourvus en raison d’un système de recrutement qui devrait être plus ouvert.

Vous soulignez également que les chambres sont trop petites…

À Dreiborn, les jeunes sont à deux ou trois dans une chambre dépourvue de toilettes où ils sont enfermés la nuit. Et les chambres ne sont pas prévues pour trois. Le surpeuplement s’explique par le fait qu’aucune autre structure ne peut les recevoir. À Schrassig, la situation est meilleure, les jeunes filles bénéficient de chambres personnelles – sauf exception - et elles n’y sont pas enfermées.

Les structures comportent des cellules d’isolement. Est-ce bien raisonnable pour des mineurs?

Le principe de l’isolement ne me plaît pas, mais s’il existe sur le papier. Il peut être dissuasif. En aucun cas, la durée ne pourrait dépasser quelques jours. Et les cellules prévues à cet effet devraient être mieux équipées. Malheureusement, elles sont trop petites tant à Schrassig qu’à Dreiborn. Aucune ne comporte des toilettes intégrées, il n’y a que des pots de chambre, et les fenêtres n’ouvrent pas, ce qui fait que l’aération est totalement insuffisante. Cette sanction d’un placement en isolement mériterait d’être remplacée par des travaux dans l’intérêt collectif des CSEE, des choses qui seraient utiles à la communauté de ces deux sites.

Vous pointez également le manque d’éducateurs spécialisés

Le gros problème c’est la variété des pensionnaires. Il y a des jeunes qui refusent d’aller à l’école, des drogués, des mineurs au comportement violent, etc… Le mélange de ces genres est très difficile à gérer si le personnel éducatif n’est pas en nombre suffisant.

Vous sentez-vous impuissante?

Mon devoir est de constater les insuffisances existantes. Et je ne manquerais pas d’accorder un suivi à ces constats. Il n’en reste pas moins qu’il existe des commissions d’évaluations interministériels et j’espère par ailleurs que le parlement et le gouvernement prendront leurs responsabilités. Il faut qu’on en parle pour s’en indigner, mais cela ne suffit pas, il faut ensuite agir.

Propos recueillis par Chris Mathieu

Le DP demande une réunion à la Chambre

Suite à la publication de la médiateure sur les CSEE de Dreiborn et Schrassig, le groupe parlementaire DP réagit. Dans une lettre adressée au président de la Chambre des députés, Laurent Mosar, Claude Meisch, chef de fraction DP, demande «la convocation d'une réunion des commissions de la Famille, de la Jeunesse et de l’Égalité des chances et de la commission juridique». Réunions auxquelles serait invitée Lydie Err et les ministres de la Justice et de la Famille.

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