Procès en Belgique – Il voulait aussi tuer son autre soeur

Publié

Procès en BelgiqueIl voulait aussi tuer son autre soeur

Coup de théâtre lors du premier procès pour «crime d'honneur» en Belgique: en plus d’avoir reconnu avoir tué sa sœur Sadia, le principal prévenu a avoué avoir tenté d’assassiner son autre sœur, Sariya.

Toute une famille est sur le banc des accusés. (AFP)

Toute une famille est sur le banc des accusés. (AFP)

Le premier procès pour «crime d'honneur» en Belgique s'est ouvert lundi, quatre ans après la mort d'une jeune étudiante d'origine pakistanaise abattue par son frère parce qu'elle refusait un mariage arrangé avec un lointain cousin. Le procès devant la cour d'assises du Hainaut, à Mons (sud-ouest), a débuté par un coup de théâtre, le principal prévenu ayant également avoué pour la première fois avoir voulu tuer sa seconde sœur.

Selon l'enquête, quatre membres de la famille Sheikh, d'origine pakistanaise et établie en Belgique depuis les années 1970, ont comploté pour tuer, afin de rétablir leur honneur bafoué, leur fille et sœur Sadia, 20 ans, qui refusait un mariage arrangé avec un lointain cousin habitant le Pakistan. Sadia Sheikh, qui étudiait le droit à Charleroi, a été abattue le 22 octobre 2007 de trois coups de feu par son frère Mudusar, âgé aujourd'hui de 27 ans, dans la maison familiale de Charleroi (sud) où elle s'était rendue, attirée par la promesse d'une réconciliation. Mudusar Sheikh a toujours reconnu avoir tué sa sœur, tout en exonérant les autres membres de sa famille de toute responsabilité. La justice belge a toutefois renvoyé devant un tribunal, outre Mudusar, le père, la mère et Sariya, la jeune sœur de Sadia, estimant qu'ils avaient ordonné l'assassinat ou incité Mudusar à passer à l'acte.

«Je t'ai laissée pour morte»

Interrogé par le président de la cour d'assises, Mudusar a expliqué avoir agi de sa «propre initiative» et affirmé que «(ses) parents et (sa) petite sœur n'avaient rien à voir» avec la mort de Sadia. Mais, surprenant jusqu'à son propre avocat, qui s'est dit «sonné» par cette révélation, le jeune homme a avoué avoir aussi tenté de tuer Sariya. «Je suis confronté à deux actes: un qui a réussi - celui d'avoir supprimé une personne, Sadia - et un qui a échoué, en l'occurrence, sur ma sœur Sariya», qui avait reçu une balle dans le bras, a-t-il dit. «Je vais apprendre cela à ma famille. J'ai voulu tuer Sariya. Je n'ose pas te regarder dans les yeux», a-t-il dit à sa sœur assise à ses côtés sur le banc des accusés. «Je t'ai laissée pour morte», a-t-il ajouté, alors que le père, la mère et la sœur de Mudusar Sheikh n'ont pu retenir leurs larmes.

Le jeune homme a aussi déclaré qu'il aurait «beaucoup de choses à expliquer» pendant les trois ou quatre semaines que devrait durer le procès. Selon le parquet, Sadia a été tuée «parce qu'elle était une femme». «Il y a eu trop de mensonges, chacun a voulu cacher quelque chose, pour protéger ma personne ou les histoires de la famille», a-t-il ajouté, en disant «regretter vraiment» ce qui s'était passé.

Cette version, qui n'a pas été évoquée pendant l'enquête, mettrait à mal la thèse du complot familial, que tous les accusés nient mais qui est privilégiée par le parquet. Le président de la cour n'a pas immédiatement réagi à ces aveux inattendus, mais des avocats ont estimé que le procès pourrait être ajourné. Les quatre accusés, qui devront également répondre de «tentative de mariage forcé» en vertu d'une loi belge entrée en vigueur en juin 2007, risquent la prison à perpétuité.

(L'essentiel Online/AFP)

Ton opinion