Solidarité au Luxembourg - Ils ont ouvert leur maison à une famille arrivée d'Ukraine
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Solidarité au LuxembourgIls ont ouvert leur maison à une famille arrivée d'Ukraine

KAYL – Depuis lundi soir, Geoffroy et Anna, ont ouvert leur maison à une famille de quatre personnes tout juste arrivées d'Ukraine. Rencontre.

par
Nicolas Martin
Anastasia, sa mère, son ami Ilias et son petit frère Artem, 11 ans, ont trouvé un peu de réconfort à Kayl, chez Geoffroy et Anna.

Anastasia, sa mère, son ami Ilias et son petit frère Artem, 11 ans, ont trouvé un peu de réconfort à Kayl, chez Geoffroy et Anna.

Vincent Lescaut

Devant la nouvelle maison de Geoffroy et Anna, à l'entrée de Kayl, une voiture immatriculée en Ukraine stationne depuis lundi soir. Tout est allé très vite et la famille de quatre vit désormais à huit. Mais l'atmosphère est lourde, minée par chaque info, chaque photo qui arrive d'Ukraine. Épuisés par le voyage et sous le choc, Anastasia, sa maman, son ami Ilias et son petit frère Artem, 11 ans, ont trouvé un peu de réconfort à Kayl. Geoffroy et Anna ont laissé leur chambre pour s'installer dans celle d'amis.

La jeune femme, qui travaille dans les assurances comme son mari, est luxembourgeoise, d'origine polonaise, «à 100 km de la frontière ukrainienne». Geoffroy est belge, métisse, aux racines rwandaises. «L'histoire familiale, le génocide, font qu'on est là pour aider les autres et accueillir des gens privés de chez eux, car ils ont des bombes qui leur tombent sur la tête», raconte-t-il. «On a la chance d'avoir la place. On ne se pose pas la question. J'ai envie que mes deux enfants nous voient comme ça. On s'en fout de combien de temps ça durera. On va se débrouiller tous ensemble. Il n'y a plus de »c'est à moi, ou c'est à toi«. Il faut agir et tout mettre en commun», lance Anna.

Nous n'arrivons pas à réaliser ce qui se passe

Ilias, Ukrainien arrivé au Luxembourg

Le groupe Facebook «Host families for refugees of war in Ukraine/Luxembourg» a permis à la famille d'offrir son aide et fait le relais. Anna voudrait que beaucoup d'autres familles du Grand-Duché franchissent le pas. Quand ils racontent leur périple de cinq jours, le bruit des bombes, leurs proches restés là-bas… les deux jeunes Ukrainiens peinent à retenir leurs larmes. Ils ont quitté le pays peu avant que la frontière ne soit fermée aux hommes. La maman d'Anastasia et son petit frère n'auraient pas dû être là.

«Ils étaient venus nous accompagner à la frontière Moldave et devaient rentrer le lendemain à Odessa. Ils n'avaient pris aucune affaire, ni argent. Mais au petit matin, depuis la Moldavie, nous avons entendu les premières explosions à Odessa. J'ai pensé que c'était un cauchemar. C'était horrible», confie Anastasia. Sa mère est restée dans la chambre à l'étage. Elle n'a pas la force de nous parler. «Nous avions quitté Donetsk pour Odessa il y a huit ans pour fuir la guerre. J'avais 15 ans. Nous y avons reconstruit une vie, trouvé la sécurité. Et tout est à nouveau détruit», raconte l'Ukrainienne de 23 ans, dévastée.

Les parents d'Ilias, informaticien gréco-ukrainien, sont toujours à Kiev. «Ils ont 25 personnes dans la cave de leur maison qui ont quitté leur appartement car c'était trop dangereux avec les obus», raconte-t-il, bouleversé par les échanges avec sa «mère qui donnerait tout pour quitter le pays». Ilias a opté pour le Luxembourg, car sa sœur y vit depuis trois ans. «C'est incroyable que des gens qu'on ne connait pas aient ainsi accepté de nous accueillir pour un moment. Rien ne les y oblige mais ils ont compris qu'il y a beaucoup de personnes qui n'ont plus d'options. On a énormément de chance. Beaucoup sont en ce moment dans des bunkers, dans les couloirs du métro. Nous n'arrivons pas à réaliser ce qui se passe. Est-ce réel? Comment cela peut-il arriver?», insiste Ilias. «Nous sommes très reconnaissants envers cette famille et le Luxembourg. Des gens sont venus nous offrir des cadeaux. Personne n'a à faire ça. Mais ils le font».

Vincent Lescaut

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